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 Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque

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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Mer 18 Mai - 21:07

[Premier post]

Muzio plaça le dernier livre dans sa bibliothèque, en effleura presque amoureusement la tranche, puis recula. A quelques mètres des rayonnages, il admirait mieux les dizaines d'ouvrages qu'il possédait et qu'il venait de ranger dans son nouveau domaine... Le médecin adorait ça. Malgré lui, il dut se secouer légèrement afin de passer à l'action.

Depuis peu à Venise et médecin de tous, il se devait de partir à la rencontre de ses habitants. C'est pourquoi Muzio s'examina d'un oeil sévère et remit en place son col, après quoi il avait l'air tout à fait présentable... du moins à son goût. Retenant un soupir à l'idée de devoir déjà quitter la pièce à laquelle il commençait à s'attacher, le chirurgien passa des gants et se résigna. A tout hasard, il emporterait sa trousse.

Grincement de porte, Muzio Barrozi fut dehors.


[Place Saint-Marc]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Mer 25 Mai - 22:07

[Caffé Florian]

Muzio poussa la porte et accrocha son manteau dans le vestibule. Il s'essuya les pieds par respect pour le travail soigné de Giorgio, puis se réfugia spontanément dans son fauteuil face à la bibliothèque. Le médecin ferma les yeux. La chaleur de l'atmosphère était réconfortante après le froid piquant du dehors...

Les visages des trois personnes avec qui il avait parlé, -plus ou moins longuement-, lui revinrent à l'esprit. Elio, Lucia, Basileo... Peut-être les reverrait-il dans quelques heures ? Adorasti évidemment, Basileo sûrement, Lucia vraisemblablement pas. Même fraîchement arrivé, Muzio n'était pas sans connaître un minimum les relations entre les deux familles.

Soudain le chirurgien ouvrit les yeux et se leva, époussetant dans un geste machinal son col parfaitement immaculé.


"Giorgio ?" appela-t-il.
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Giorgio
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 19:09

[Chambre de Giorgio]

Giorgio descendit l'escalier en arrangeant machinalement ses vêtements qui n'en avaient pas besoin. Il se dirigea vers le salon de son pas habituel, gracieux, ni trop rapide ni trop lent, en se demandant ce que son maître pouvait bien vouloir à cette heure-ci. Il se mordit la lèvre inférieure, légèrement agacé.

*Tssss... D'habitude j'arrive à deviner...*

Il s'arrêta devant la porte du salon, s'épousseta rapidement, la poussa et entra dans la pièce. Il trouva le médecin dans son fauteuil habituel, se dirigea vers lui et s'inclina légèrement.

"Monsieur, m'a demandé?"
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 19:22

Muzio eut un sourire à l'arrivée de Giorgio. Le visage familier du jeune homme avait un effet réconfortant après la multitude d'inconnus qu'il avait croisés dans les rues... Le médecin s'approcha du garçon et annonça:

"Je suis de sortie ce soir. Réception, petits fours, grands habits... Que du bonheur, quoi, fit-il sans grande conviction. Tu as congé pour ta soirée, Giorgio."

Le jeune homme était sérieux. Muzio savait qu'il n'irait pas courir les rues malsaines de Venise, d'autant plus qu'ils arrivaient de la campagne... Le chirurgien fixa de son regard gris les yeux limpides de Giorgio et lui demanda d'un ton neutre, mais malgré tout intéressé:

"Tu as découvert notre nouvelle ville, Giorgio ?"

La réponse en elle-même coulait de source; ce qui intéressait Muzio, c'était plutôt l'avis du jeune homme, ses réflexions immédiates, ses goûts... Cela serait révélateur, sans doute...
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Giorgio
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 19:32

Giorgio fut légèrement décontenancé par l'annonce du médecin. Une soirée de congé... Cela faisait longtemps. Néanmoins, il se reprit vite mais lança sans se retenir à temps :

"Oh! Vous êtes sûr que vous n'aurez pas besoin de moi monsieur?"

Il écarquilla les yeux à sa propre audace et, s'inclinant, s'excusa.

"Pardonnez-moi, ce n'est pas à moi de juger vos décisions, encore moins de les contester."

A la question de son maître, il répondit au bout d'un court temps de réflexion :

"Cette ville n'est en rien comparable avec tout ce que j'ai connu... Chaque personne ici semble avoir des motivations dissimulées... Je n'ai réellement vu que le marché mais j'ai observé les gens et j'ai l'impression que même les serviteurs sont impliqués dans les affaires des grands... Sans vouloir vous manquer de respect, monsieur, il s'inclina encore à ces mots, vous devriez être prudent... Je ne ferais confiance à personne ici..."
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 21:20

Muzio resta pensif. Le garçon qu'il avait engagé six ans auparavant avait grandi, mûri aussi. Le médecin sourit aux deux dernières phrases de Giorgio, et répliqua gentiment:

"Très bien, je me méfierai donc tout autant de toi, puisque tous sont impliqués ?"

De peur d'avoir vexé le jeune homme, Barrozi fit clairement comprendre qu'il plaisantait. Le garçon était l'une des rares personnes à qui il accordait une part de sa confiance...

"Je te remercie de ton avis sur Venise, Giorgio. Nous devrons néanmoins nous y habituer... Quant à ce soir, crois bien que tu t'ennuierais ferme là où je vais..."

*Tout comme moi.* songea-t-il furtivement.

Le chirurgien se secoua, et fit signe à Giorgio qu'il pouvait se retirer. Il préparerait sans doute son repas, et puis, congé pour lui. Muzio ne regrettait pas sa décision, le garçon méritait bien de profiter pour une fois de sa soirée...
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Giorgio
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 21:52

Giorgio s'attendait à ce que le médecin insiste pour lui donner sa soirée de congé. Il ne chercha plus à le contredire, bien qu'il aurait trouvé intéressant de pouvoir observer tous ces gens à loisir. Et après tout il trouverait bien un moyen de mettre à profit cette soirée de liberté.

Il s'inclina donc et se dirigea vers la porte du salon. A trois pas de celle-ci, il se retourna et demanda :


"Désirez-vous que je vous prépare un dîner ou aurez-vous l'occasion de le prendre dans la soirée?"
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 22:46

"Cela ne sera pas nécessaire Giorgio, je te remercie. Je préfère arriver le ventre vide, quitte à avoir un peu faim, plutôt que de refuser ce que l'on me proposera probablement..."

L'appétit du médecin n'était pas des plus grands. Bien souvent, il ne prenait le soir qu'un dîner léger, sans ressentir le besoin de manger autant que les hommes de son âge et de sa constitution. Muzio ajouta:

"Je vais me préparer; je te préviendrai lorsque je partirai, Giorgio."

Un infime sourire accompagna le tout, et le chirurgien décida de monter se préparer. Le visage d'Elio Lacryma Adorasti lui trottait dans la tête. Le regard du Prince l'avait intrigué, sans toutefois l'impressioner, et Muzio se prit à penser que, peut-être, la soirée ne se révélerait pas aussi ennuyeuse que prévu...

[Cabinet de toilette de Muzio]
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Giorgio
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Jeu 26 Mai - 22:53

"Très bien, monsieur."

Giorgio s'inclina une dernière fois et franchit la porte du salon. Il décida qu'avant de sortir il allait terminer ce qu'il avait à faire, c'est à dire ranger les provisions qui attendaient toujours au pied de l'escalier, à cette pensée il se flagella mentalement pour ne pas les avoir déjà mises à leur place en cuisine, et également ceux ce trouvant dans le panier qu'il avait montés dans sa chambre. Il se dirigea donc d'un pas rapide vers l'escalier.

*J'espère qu'il n'a pas remarqué le panier de nourriture... Il m'en aurait sûrement fait la remarque si cela avait été le cas...*

[Escalier]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Lun 24 Oct - 15:42

[Ponton]

Sans un regard autour de lui, Muzio lâcha son manteau sur son crochet dans le vestibule. Néanmoins, après quelques secondes de calme plat, il sentit que quelque chose n'était pas comme d'habitude. Certes la maison était vide, mais à la campagne Giorgio s'absentait souvent pour toutes sortes de tâches. Peut-être était-ce le fait de savoir le jeune garçon seul dans Venise, entouré de multiples visages hostiles... Non, il y avait quelque chose de plus. Un pressentiment envahit le médecin, qui se dirigea vers son fauteuil favori. Le bruit de son pas résonna à son oreille.

A la vue de son siège, la mâchoire de Muzio se contracta imperceptiblement. Ce morceau de papier blanc, là, qui se détachait sur le tissu sombre du fauteuil... Il fixa bêtement le message pendant quelques instants, avant de saisir la feuille et de la lire. L'écriture grossière de Giorgio, encore plus incertaine que d'habitude, comme tremblante... Les yeux du médecin survolèrent les mots de son petit protégé.
Malgré tout le respect... peux pas... cette abominable ville... ma campagne... merci... pardon... adieu. Adieu. Muzio reposa la feuille là où il l'avait trouvée, et resta inerte pendant plusieurs minutes. Giorgio, l'enfant qu'il avait quasiment adopté, éduqué, Giorgio l'avait quitté à cause de la Sérénissime et, sans doute, d'une mauvaise rencontre.

Il ne manquait plus que cela pour faire de ce mardi 4 Février 1744 un jour définitivement noir. Lorsque le chirurgien eût assimilé la nouvelle, il se retourna lentement, juste pour bouger, et surprit son reflet dans un haut miroir. Cet homme quasi-cadavérique qu'il fixait, cet homme déboussolé, un médecin ? Personne ne le croirait. Giorgio était parti. Jamais Muzio n'aurait cru que son départ lui laisserait ce goût amer dans la bouche et cette lassitude. Ce garçon était plus qu'un serviteur pour lui. Presque un fils. Pour la deuxième fois dans sa vie, Muzio Barrozi se sentit terriblement seul.

Après plusieurs minutes supplémentaires, il froissa le papier d'un geste saccadé, et prit conscience avec cet étonnement au réveil d'un évanouissement qu'il lui fallait se préparer, que ce soir il lui faudrait feindre, feindre, et feindre encore, montrer bonne patte aux obèses bagués et oublier le Quartier de la Bouche d'Ombre, et oublier Giorgio.

Comme un automate, il sortit de la pièce et grimpa les escaliers.


[Cabinet de toilette]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Dim 27 Mai - 17:47

Le lendemain

[Calle Bardini]

Le bref moment durant lequel Della Lonza s'assombrit, Muzio le perçut. Il s'efforça de ne pas le prendre pour la déception d'avoir échoué dans une mission "noyer-le-médecin" et se trouva tellement ridicule que la bonne humeur lui revint.

« Rien de tel qu'un bain pour sceller une rencontre ! » conclut-il joyeusement en ouvrant la porte de chez lui.

Il invita Danilo à entrer, referma la porte sur eux deux et prévint d'un geste toutes les questions d'Alessandro qui s'avançait en ouvrant de grands yeux curieux. Il lui sourit. La maison sentait bon, il y faisait chaud, le jeune homme s'était acquitté de ses tâches avec soin.


« Alessandro, vous serez aimable de chauffer de l'eau, d'approcher deux sièges de la cheminée du salon, et d'y apporter de quoi nous remettre les idées en place. Oh, ajoutez deux doigts de badiane, n'est-ce pas ? »

Il fallait espérer que le valet avait mis à profit sa matinée pour explorer l'office. Alessandro hocha la tête d'un air entendu, s'apprêta à bondir vers ses quartiers mais revint soudain et glissa un papier dans la main de Muzio. "Un message est arrivé pour vous, Monsieur."

Citation :
Maître Barrozi est attendu de toute urgence Ca'Grazziano. Le Prince l'y mande expressément.

Muzio fronça fugitivement les sourcils, froissa le papier. La Princesse ?

Alessandro à l'office, le médecin se tourna vers son invité:


« Je suis navré, je n'ai que bien peu de temps à vous offrir, on me demande. Alessandro veillera à ce que vous ayez tout ce qu'il vous faut, n'hésitez pas à demander. En attendant, venez donc vous changer. »

Muzio n'avait strictement aucune idée de ce qu'il convenait de faire ou non, mais il invita le musicien à lui emprunter des vêtements et à user de son cabinet de toilette. Lui-même se remit à neuf à coups d'eau froide - l'eau serait chaude pour Danilo - et enfila des habits secs.

Un peu plus tard, les deux hommes sirotaient une boisson chaude à base de badiane dont le médecin était friand et qui ne manquerait pas d'éliminer les vices du Canal de leur corps, installés devant le feu du salon.


« Il ne sera pas dit que vous avez été chassé de chez moi ! Je vous invite, si vous le désirez, à rester un peu pour vous réchauffer. Ma bibliothèque ne vaut pas celle du Prince Adorasti, mais vous trouverez peut-être un livre à feuilleter. »

Il fit un geste embrassant la pièce.

« Je suis désolé de m'en aller ainsi, surtout alors que nous devenions presque intimes... » Il sourit malicieusement puis reprit son sérieux habituel. « Je reste à votre disposition quoiqu'il arrive. »

Il s'inclina légèrement, prit congé de son compagnon et alla dire quelques mots à Alessandro avant de sortir, enfilant son manteau de voyage et serrant sa trousse dans sa main gauche.

[Ca Grazziano - L'Etage Inférieur - Le Petit Salon]
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Danilo della Lonza
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Sam 2 Juin - 15:43

Le médecin habitait vraiment à deux pas, et Danilo le bénit intérieurement. C’était une bonne chose d’avoir un refuge tout proche lorsqu’on se couvrait de ridicule. Il espérait cependant ne pas avoir à croiser le violoniste dont Muzio lui avait parlé. Il n’avait aucune envie de discuter d’instruments à cordes.
Il répondit au médecin, en pénétrant dans sa propriété :


« J’attire l’eau, ces derniers temps. Figurez-vous qu’au moment de notre superbe chute, il n’y avait pas deux heures que j’étais sorti de la baignoire de ma suite, Ca’Adorasti ? Ce ne sera que le troisième de la journée, si l’on considère comme un bain notre barbotage dans le canal. »

Le musicien jeta un œil sur l’intérieur de la demeure, rapide et acéré, comme à son habitude. La maison lui paraissait honnête, sans ostentation trop flagrante, bien tenue. C’était plutôt en adéquation avec l’idée qu’il se faisait de maître Barrozi.

Le médecin donna ses ordres, et reçut en échange un billet, qui sembla le déranger quelque peu. Puis, lui annonça qu’il devait partir. C’était regrettable. Ce sentiment était cependant moins dû à l’envie de prolonger particulièrement l’entretien avec lui qu’au peu d’envie de se retrouver seul dans la propriété d’autrui. Dans d’autres circonstances, il serait sorti en même temps que son hôte. Mais la toilette était nécessaire. Il n’avait aucune envie de rentrer Ca’Adorasti avec l’odeur du canal flottant autour de lui -il risquait de croiser un moqueur qui ne tarderait pas à répandre la rumeur, ou pire, une donzelle que cela pourrait dégoûter.


« Les aléas de la profession, je suppose ? » Répondit-il avec un petit sourire

Il suivit le médecin à l’étage. Evidemment, celui-ci était plus petit que Della Lonza, mais en cherchant bien dans la garde-robe, il finit par y découvrir un habit -sans doute un peu trop long pour Muzio- qui lui allait à peu près. Il le mit de côté pour le moment ou il se serait lavé.

Ils redescendirent boire une tasse de badiane. Danilo ne s’intéressait pas particulièrement à la nature, et ignorait de quelle plante il s’agissait, bien qu’il en connaisse le nom commun, mais cela lui importait peu. C’était bon, voilà tout.


« Oh, je crois que je ne vais rester très longtemps dans votre logis une fois que je me serais quelque peu débarbouillé. Je ne suis pas très friand des propriétés vides de gens avec qui converser. Je rentrerai sans doute Ca’Adorasti pour mettre une de mes tenues et pouvoir vous rendre la vôtre dans les plus brefs délais. »

Il salua et remercia pour son hospitalité le médecin lorsqu’il s’en fut. Il retourna au cabinet de toilette, y passa suffisamment de temps pour avoir de nouveau l’air propre comme un sou neuf, trouva de quoi se parfumer discrètement, puis s’habilla avec les vêtements du médecin, récupéra ses propres effets et redescendit.

Il trouva Alessandro, et lui confia son costume trempé.


« Tenez, vous le ferez laver avant de le faire porter Ca’Adorasti. »

Puis, il sortit, prenant approximativement la direction du palais du prince Elio. La marche lui ferait du bien.

[Rive du Grand Canal]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Sam 11 Aoû - 23:06

[Ca'Grazziano - Etage inférieur - Embarcadère]

Muzio s'étira brièvement et étouffa un bâillement. Il referma le livre qu'il venait de consulter et le repoussa parmi les quelques autres ouvrages qu'il avait étalés sur la table.

De retour chez lui, il s'était installé dans sa bibliothèque en demandant à Alessandro d'y raviver le feu, et avait passé la majeure partie de sa soirée à compulser ses traités de médecine. Il avait trouvé quelques pistes, griffonné des notes, taché ses doigts d'encre. En refermant ses livres, un léger brouillard l'avait envahi et il résolut de laisser ses observations reposer pendant la nuit. Un léger mal de tête l'avait d'ailleurs saisi.

Le médecin se délassa les jambes en allant trouver Alessandro pour lui demander une infusion de mélisse. De retour dans le salon, il resta un instant songeur, le regard perdu entre le blanc de sa feuille et le vert teinté de gris de la tisane. Il finit par rouvrir son encrier et entama une courte lettre destinée à Giorgio. En cachetant l'enveloppe, il se sentit définitivement en paix par rapport au départ de son petit serviteur, et ce fut un homme paisible qui remit le courrier à Alessandro.

Il était heureux que le médecin fût dans cet état d'esprit, car bientôt on frappa à la porte. Un jeune couple passablement grisé apprit à Muzio qu'on le demandait au Castello. La femme confia en pouffant qu'un homme s'était blessé au visage en tombant. Elle assura cependant, l'oeil brillant, que cela n'était que la version des faits de l'intéressé, et qu'on l'avait surpris un peu plus tôt en galante position avec une femme mariée. Selon les mauvaises langues, les contusions témoignaient plutôt de la réaction du cocu. Le compagnon de l'indiscrète la rabroua sans conviction et ils s'éloignèrent en riant sans plus de retenue.

Le bal populaire... Muzio avait visiblement sous-estimé les interventions qu'un tel évènement l'amènerait à mener. Il enfila son manteau et se faufila au-dehors, où la fumée de son haleine ne tarda pas à se mêler à la brume s'évadant des canaux.


[Jardin du Castello]
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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Dim 18 Nov - 2:01

[Premier post du Jeudi 5 Mars 1744]

Une longue plainte s'éleva, comme un cri strident d'animal blessé, aussitôt suivi d'un...

"Désolée..."

Un oiseau apeuré s'envola du rebord de la fenêtre. Donatella repositionna ses doigts sur les cordes pour la cinquième fois consécutive. Les maintenir dans cette position lui donnait des crampes au bout d'un certain temps, ce qui ne facilitait pas les choses. Et puis elle ne savait toujours pas si l'archer devait juste glisser sur les cordes ou si elle devait appuyer un peu.

Comme chaque fois, ces cours lui donnaient chaud tellement elle se concentrait mais Demetrio était si patient et si gentil avec elle qu'elle revenait chaque fois avec plaisir. Elle n'avait guère fait de progrès depuis trois semaines mais elle avait du mal à coordonner ses doigts, or le violon requérait une grande dextérité qu'elle n'avait pas acquise, loin de là.

Donatella reprit l'enchaînement des quelques notes et ce fut moins.. douloureux bien que ce ne fut pas d'une justesse limpide. Relativement contente d'elle, elle regarda Demetrio en souriant pour savoir ce qu'il en pensait.


"C'était mieux, non ?"

Quant à sa gouvernante, elle avait assisté aux premiers cours puis avait préféré rester à l'écart pour les suivants prétextant qu'elle ne voulait pas déconcentrer la baronne...
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Demetrio Catanei
Musicien
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Dim 18 Nov - 7:18

[Premier post du Jeudi 5 Mars 1744]

Une longue plainte s'éleva, comme un cri strident d'animal blessé, aussitôt suivi d'un...

"Désolée..."

Un oiseau apeuré s'envola du rebord de la fenêtre. Demetrio tressaillit pour la énième fois avec l’horrible impression que son tympan se déchirait, mais se hâta bien vite à desserrer sa mâchoire crispée et retrousser sa bouche, tordue en une grimace, dans un demi-sourire qui se voulait rassurant. De tous les élèves à qu’il eût pu enseigner le violon par le passé, la baronne Visconti était sans conteste la pire calamité musicale qui lui ait été donné d’entendre. Cependant, de tous les élèves à qu’il eût pu enseigner le violon par le passé, la baronne Visconti était également la plus aimable qui lui ait été donné de connaître. Ce paradoxe sans en être réellement un le poussait à la recevoir chaque semaine dans le salon-bibliothèque de son logeur, et parfois même plus pour certains cours d’appoint, pour quelques heures de torture auditive.

Si les notions théoriques avaient été facilement assimilées, dès l’instant où la baronne avait tenu un violon entre ses mains, le musicien avait su que ces leçons seraient aussi laborieuses que pénibles… possiblement parce qu’elle avait laissé tomber l’instrument quelques secondes seulement après qu’il lui ait montré la position à adopter. La suite ne s’était pas avérée plus brillante. Ainsi, lorsque Demetrio souhaitait reposer ses oreilles éprouvées, il se lançait dans des exercices de solfège qui, sans être d’une infime justesse, demeuraient plus supportables que les sons de crécelle que produisait son étudiante.

Inspirant profondément en voyant que la baronne s’apprêtait à rejouer la même mesure, il se prépare au pis… qui ne vint finalement pas. Envahi par le soulagement, il répondit au sourire qui lui était adressé.


« Tout de même, oui. En fait, oui, oui, c’était bien mieux, beaucoup mieux, affirma-t-il en hochant de la tête. Plus… ou… plutôt moins… moins pire. »

S’approchant d’elle, il replaça ses doigts avec douceur afin qu’ils forment un arc parfait sur le manche, s’attardant ensuite à la main de l’archet, dont la position s’était modifiée en cours de route. La bonne volonté de la petite noble en faisait une élève envers qu’il était impossible de ressentir le moindre ressentiment, c’est pourquoi il demanda d’un ton patient :

« Reprenons en… encore une fois, voulez-vous? »

Sa main s’éleva en l’air et il battit le tempo avec l’habitude du professeur aguerri :

« Et un et deux et trois et quatre… »

Une fois à la fin de la portée, il lui fit signe de s’arrêter, jugeant qu’il avait assez fait répéter sa persévérante pupille.

« Vous faites du… du progrès, Madame, déclara-t-il en se glissant derrière elle pour ajuster sa posture, qui demandait d’être plus droite. À quand un concert devant le Prince? s’enquit-il avec un léger sourire. Sans doute apprécierait-il l’attention. Je pourrais vous accompagner si vous le souhaitez, ajouta-t-il. Je… je m’assurerais que tout... tout se déroule harmonieusement, disons. Et puis, ce… ce serait un excellent moyen de vaincre votre… votre hésitation. En musique, il est important de ne pas… de ne jamais hésiter. Et de continuer malgré les erreurs. Tout est dans… dans l’assurance, je crois. Jouer en public serait la meilleure façon de vous améliorer, » conclut-il sur une note encourageante.

Presque sans le vouloir, son esprit s’envola vers la comtesse Gurrieri – Brunilde – et un sourire plus chaleureux encore s’épanouit sur ses lèvres. Reportant son regard sur son interlocutrice, il remarqua une mèche rebelle qui, dans l’effort de la pratique, était venue lui obstruer la vue et esquissa machinalement un geste pour la ranger sagement derrière une oreille. Se ravisant en se rappelant soudainement qu’il n’était pas en la présence de la comtesse – Brunilde, sa lunatique, insaisissable, lutine Brunilde – mais bien de la baronne Visconti, il rougit et baissa les yeux sur le sol, fortement embarrassé.
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Donatella Visconti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Dim 18 Nov - 17:24

Demetrio souriait. Visiblement il était content de ses progrès. C'était mieux, enfin moins pire, c'était déjà bien pour elle. Elle voulait tellement bien faire qu'elle paniquait presque quand elle le voyait grimacer. Mais jamais il ne lui faisait de critique méchante et cela l'aidait beaucoup à ne pas se bloquer définitivement. Demetrio était un professeur tout à fait admirable et d'une patience remarquable.

Elle se sentit toute émoustillée quand il s'approcha d'elle et un frisson agréable lui hérissa les cheveux de la nuque quand ses mains touchèrent les siennes pour replacer ses doigts. Le sourire d'une oreille à l'autre, elle se laissa faire, levant un peu le visage pour regarder celui de Demetrio tout proche du sien.


"Hein ?... Ah oui, reprendre encore une fois." dit-elle en redescendant sur Terre.

Suivant la mesure qu'il battait avec sa main, Donatella recommença l'enchaînement de notes sans faire grincer aucune dent, ce qui fut un soulagement pour tous ceux qui se trouvaient non loin. Ravie du déroulement de ce nouveau cours achevé, la jeune baronne se releva et reposa l'instrument avec précaution pour ne pas le faire tomber comme elle l'avait déjà fait. Cependant, quand elle fit volte-face, elle ne se rendit pas compte que l'archet se coinça dans un ruban de sa robe et l'accessoire resta là pendu sur son derrière.

Croisant ses mains devant elle et les tortillant un peu, Donatella écouta les compliments de son professeur sur ses progrès. Un peu intimidée, elle baissait la tête de côté en souriant.


"Devant le prince ? Oh nooon, je ne suis pas prête du tout non non non." dit-elle en secouant la tête, le rose aux joues.

"J'aurais bien trop peur de me tromper." ajouta-t-elle, sachant pertinemment qu'elle serait paniquée d'avoir un public. Et moins elle était détendue, plus les fausses notes étaient présentes.

"Plus tard.. peut-être..." dit-elle tout de même, pour ne pas le vexer.

Il était si adorable, il l'encourageait, lui proposait de jouer devant le prince.. Peut-être ne jouait-elle pas si mal après tout... Ou peut-être qu'il disait cela pour lui faire plaisir... parce qu'il l'aimait bien... ? Hoo oui, même cette perspective était merveilleuse. Peu importe si elle jouait faux du moment qu'il l'aimait bien... Ses doigts jouaient mal mais dans son coeur naissait une mélodie merveilleusement douce et harmonieuse. Si seulement il pouvait l'entendre...

Ne pas hésiter. Donatella s'approcha de Demetrio. Elle le voyait sourire chaleureusement. Ne jamais hésiter disait-il. Cette mèche rebelle qui venait devant ses yeux, on aurait dit elle après un effort quelconque. Le voilà qui baissait la tête en rougissant... Donatella serra ses deux poings contre son coeur et se posta tout près de lui, tendit le cou et... posa un rapide baiser sur sa joue avant de reculer et de paraître aussi embarrassée que lui.


"Merci monsieur Catanei.. Vos cours sont toujours très agréables."
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Demetrio Catanei
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Lun 19 Nov - 6:54

Le malaise. C’était invariablement ce qu’arrivait à faire naître Demetrio. C’était bien involontaire, évidemment. La leçon, jusqu’ici, s’était déroulée sans ces moments d’embarras dont lui seul avait le secret et il s’était attendu à tout moment à commettre une faute qui le plongerait dans la honte la plus totale. Sa proposition fut rejetée poliment et il approuva la décision de son élève, qui épargnait les oreilles du Prince Grazziano :

« Plus tard, très bien… je ne veux absolument pas vous obliger à… mais je crois tout de même que… Vous avez dit que vous avez peur, se reprit-il. Peur de vous tromper. Et c’est exactement ce… ce qu’il vous faut perdre. Cette peur. Et… et avoir confiance, ne pas hésiter, » prescrit-il.

Puis, était venu l’instant fatidique où son esprit avait vagabondé en direction de la comtesse Gurrieri – sa pétillante, céleste, espiègle Brunilde – celle qui savait repousser ses angoisses pendant des longues minutes, voire des heures exquises. Il aurait dû prendre conscience que c’était exactement dans ce moment de rêverie, où il échappait à une réalité dissonante, qu’il était le plus susceptible de perpétrer un impair. Ce qui devait arriver arriva et, avant même qu’il n’ait le temps de réagir, la baronne l’embrassait sur la joue de la façon la plus adorable, mais également la plus inconvenante qui soit ; reculait en rougissant et, pour terminer, le complimentait sur la qualité de son enseignement.

Le regard vide, pas même surpris, indigné ou horrifié, le musicien dévisagea son interlocutrice, les joues en feu. À défaut d’user de sa raison, il agit d’instinct, ne réfléchissant aucunement aux conséquences de ses lèvres qui effleuraient, à leur tour, la pommette rosée de la jeune femme devant lui. Il n’avait pas agi ainsi par pitié pour cet être un peu pataud, tout comme lui, ni par désir de tromper ou d’accroître un pouvoir déjà acquis. En vérité, s’il était fort capable dans les choses de l’amour, il fallait que les choses de l’amour lui soient présentées sans aucune équivoque et avec moins de chasteté que ce baiser qu’il venait tout juste d’échanger avec la petite noble. On avait dit de lui que, pour lui ouvrir les yeux, une femme devait pratiquement glisser sa main sous son pourpoint et la raillerie n’était pas entièrement fausse. Demetrio s’émerveillait encore que la comtesse Gurrieri – sa lumineuse Brunilde – ait pu envisager condescendre à daigner lui accorder ne serait-ce que le moindre intérêt et encore moins partager sa couche avec la régularité d’une maîtresse attitrée. Se croire suffisamment séduisant pour susciter l’affection d’une seconde femme était au-dessus de ses forces et des limites de son imagination.

« Je… je… Tout le plaisir est pour moi, réussit-il articuler et remerciant Dieu pour ces formules si faciles d’emploi. Vous êtes t… tout autant une élève agréable. Merci, merci à vous aussi. »

Cherchant désespérément une distraction, il avisa de l’heure avancée et s’enquit tout à trac :


« Que… que diriez-vous d’une… d’une collation? »

Appelant sans plus tarder Alessandro, il demanda qu’un plateau leur soit apporté, soulagé par cet intermède impromptu. D’un geste de la main, il invita son étudiante à s’asseoir et remarqua, à la dernière seconde, l’archet demeuré accroché à sa robe, se balançant de droite à gauche et menaçant d’embrocher un postérieur délicat. Il retint sa compagne par le bras, la prévenant de s’asseoir, et s’agenouilla ensuite à ses pieds, pour tenter de dénouer le ruban et en retirer les crins coincés. Une fois l’archet délivré de ses liens, il le rangea dans le boîtier du violon et retourna prendre siège aux côtés de la dame. Par souci d’entretenir un semblant de conversation, il hasarda une question au sujet des bruits qui couraient dans toute la ville et que même lui ne pouvait ignorer :

« Êtes-vous au fait de… de la… l’état de la Princesse Adorasti? Je veux dire, Grazziano Adorasti. J’ai cru comprendre qu’elle attendait l’héritier… ou l’héritière, bien sûr, sous peu. Je le sais parce que je me rends souvent Ca’Adorasti, » précisa-t-il en souriant d’un air rêveur.

Réalisant son erreur, il s’empressa d’ajouter :


« Et je me rendrais aussi souvent Ca’Grazziano si… si j’avais plus souvent à… à y faire. Mais… mais pour en revenir à la Princesse, je me demande ce qu’en pense le Prince. Le Prince Samuele, pas le Prince Elio, puisqu’il doit, de toute évidence, être… être fier de… de… Bref. De toute évidence, il sera plus fier si c’est un fils plutôt qu’une fille. Non pas que je n’aie rien contre les filles, bien sûr… Le conseiller-astrologue, dont le nom m’échappe, mais il habite à quelques maisons d’ici, peut-être pourrait-il prédire du genre de l’enfant à naître… Que… qu’en pensez-vous? » l’interrogea-t-elle, à la fin de son imbroglio, relevant les yeux vers elle.


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Donatella Visconti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Lun 19 Nov - 15:43

La jeune baronne sentit ses oreilles devenir écarlates alors qu'il lui rendit son baiser. La poitrine de Donatella se souleva et s'abaissa rapidement sous l'émotion et ses paupières clignèrent rapidement, humidifiant ses yeux bruns tandis que ses lèvres étaient étirées en un sourire ravi. Il la remerciait à son tour d'être une élève agréable. Recevant rarement des compliments aussi gentils, Donatella les savourait à leur juste valeur. Aussi, elle ne put refuser de nouveau sa proposition.

"Bien.. si vous insistez.. Il est vrai que j'ai peur de me tromper, surtout devant le prince... mais si vous dites que je ne dois pas hésiter et avoir confiance alors j'accepte de jouer devant lui.. cependant il me faudra avant cela encore quelques leçons avec vous pour répéter. Et puis.. et puis j'aimerais que vous jouiez à mes côtés ce jour là, pour que j'ai encore plus confiance... vous comprenez ?" demanda-t-elle en le fixant de ce regard qui lui donnait l'impression d'une petit animal apeuré, implorant un peu de soutien.

Elle accepta avec plaisir la collation qu'il lui proposa mais alors qu'elle s'apprêtait à s'asseoir il la retint par le bras. Surprise, elle pensa que peut-être il voulait l'embrasser encore. Baissant la tête, les yeux ronds, elle le vit s'agenouiller à ses pieds. Une demande en mariage ? Son coeur manqua un battement puis reprit un rythme normal lorsqu'elle comprit la véritable situation.


"Je suis désolée.. je n'avais pas vu qu'il s'était coincé..." murmura-t-elle, gênée et peut-être un peu déçue aussi.

Confortablement assise, sa déception de la demande en mariage ratée fut balayée lorsque Demetrio entama une conversation sur les rumeurs qui courraient. Bien entendu, Donatella en avait entendu beaucoup même si la vie des autres ne l'intéressaient qu'à moitié.


"Oui, j'ai entendu cela. C'est une bonne nouvelle pour le couple princier je pense mais j'ai également entendu qu'elle était proche du terme. Or personne n'avait été mis au courant avant. Je trouve cela étrange pas vous ? C'est pourtant le genre de choses qu'on est fier d'annoncer."

Donatella ne releva pas vraiment sa maladresse sur le fait qu'il se rendait souvent Ca'Adorasti et poursuivit sur sa lancée.

"Je ne sais pas trop ce qu'en pense le prince Samuele. Il doit être content pour sa soeur je pense, mais je le trouve un peu changé depuis quelques temps. C'est sûrement parce qu'on dit que sa soeur est un peu idiote... justement à cause de sa grossesse vous comprenez ? On dit qu'elle ne savait pas qu'elle était enceinte. Enfin c'est ce que j'ai entendu. Moi je trouve cela absurde, c'est impossible qu'on ne sache pas ce genre de chose."

Donatella plissa les yeux et regarda Demetrio et ajouta sur le ton de la confidence.

"Si vous voulez mon avis, elle savait parfaitement qu'elle attendait un enfant mais elle a préféré le cacher. Je ne sais pas... peut-être que le prince Elio n'est pas le véritable père...." dit-elle en lui lançant un regard très appuyé en hochant lentement la tête.

"A ce propos, puisque vous dites vous rendre souvent au palais Adorasti, est-il vrai que les deux princes ne s'aiment pas du tout ? Savez vous pourquoi ? J'ignorais cela avant d'arriver à Venise. Si c'est vrai, la princesse Bianca est mariée à l'ennemie de son frère ! Vous rendez-vous compte ? Quelle situation terrible.. pas étonnant qu'elle devienne un peu folle." dit-elle d'un air songeur.

"Quant au conseiller-astrologue j'en ai beaucoup entendu parler effectivement. Je ne sais pas s'il pourrait prédire si l'héritier sera ou non une héritière. A vrai dire cet homme me fait un peu peur. J'aimerais bien aller le consulter mais je n'en ai pas envie. Enfin.. je veux dire que j'aurais très peur qu'il m'annonce quelque chose de terrible vous comprenez ? Comme il a prédit cet affreux meurtre au Castello, bouuuh ça me donne froid dans le dos rien que d'y penser."
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Demetrio Catanei
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Ven 23 Nov - 5:43

La proposition d’abord déclinée fut finalement acceptée et Demetrio, de dos, à ranger soigneusement l’archet à la place qui lui était destinée, eut tôt fait de féliciter la bonne volonté de son élève :

« Je suis fort heureux de l’entendre, Madame. Vous verrez, la… l’exercice est très enrichissant. Soyez certaine que nous déciderons ensemble du moment qui sera le plus… le plus approprié pour donner votre prestation… et la mienne, bien sûr, si cela peut vous rendre plus assurée. Mais pas dans le rôle de soliste. Ce rôle vous reviendra. Faites-moi seulement part du… de quand vous vous sentirez prête. D’attaque, sans hésitation, » la pria-t-il, le sourire aux lèvres, se tournant tout juste après qu’elle se fût excusée pour l’incident.

Agitant sa main pour lui faire signe qu’aucune excuse n’était nécessaire, il avait pris siège à son tour dans une position un peu raide, qui témoignait de la gêne qu’il ressentait toujours.


« Ne vous en faites pas, j’ai déjà enseigné à un… un sot, pardonnez-moi l’expression, qui s’est tout bonnement assis sur son violon. Un instrument de très grande qualité. Un véritable gâchis, le luthier n’a rien pu y faire. »

Une expression vaguement peinée, vaguement contrariée passa sur ses traits, celle de circonstances pour parler d’un ami ayant péri par la bêtise d’un autre ou par l’injustice de la vie. On ne peut plus heureux que les sujets qu’il avait lancés, à tout hasard, se révèlent aptes à alimenter une conversation convenable, le musicien s’accorda le droit de se caler plus confortablement dans son fauteuil. Son interlocutrice, comme à son habitude et plus encore en l’absence de sa gouvernante, faisait preuve d’un franc-parler très peu courant dans la société mondaine. N’étant pas réellement au fait des rumeurs qu’il avait évoquées, il prêta oreille avec attention au discours sans fioritures hypocrites qu’on lui tenait. Il ne savait toujours que répondre aux questions qui lui étaient posées et se contentait parfois d’hocher la tête ou de glisser :

« Oh, vous savez, je n’y connais pas grand chose… Les enfants et moi, et puis, je ne suis pas marié. Ni père. Ou futur père. »

Ou encore de s’enquérir…

« Je ne connais pas très bien le Prince… Comment est-il? Le connaissez-vous bien? Si… si ce n’est pas indiscret, bien sûr. Et je parle de… du Prince Samuele, » précisa-t-il avec un temps de retard.

La discussion se poursuivit au propos de la princesse et il rougit en l’entendant être qualifiée « d’idiote ». Il ne put cependant qu’opiner du chef d’un air dubitatif pour appuyer la remarque de la jeune femme :

« C’est plutôt voyant, en effet. Je ne suis pas très.. versé dans ce domaine, mais j’ai cru comprendre qu’on pouvait… l’enfant, vous savez… Savoir qu’il grandissait de l’intérieur et puis, en ressentir des douleurs. Quant à savoir si… enfin, je n’irais pas jusqu’à dire que l’enfant n’est pas du Prince… peut-être craignait-on seulement pour sa vie…? Mais j’admets avoir peine à comprendre toute cette affaire, lui confia-t-il, sa main ébouriffant machinalement sa chevelure de jais. Toutefois, je ne suis pas Prince… Heureusement d’ailleurs, ce serait sans doute un désastre. Et ne dites pas le contraire, lui intima-t-il gentiment, levant un regard rieur vers elle. Enfin, le Prince Elio, je crois bien, je m’avance peut-être loin, mais je crois bien qu’il mérite son titre. Alors, peut-être y a-t-il un… une stratégie derrière tous ces mystères, vous comprenez? »

Alessandro, le domestique de Maître Barrozi, s’avança alors dans la pièce, un plateau en mains. Lui indiquant de le déposer sur la petite table entre eux deux, il le remercia et invita la baronne à se servir comme elle le désirait. Lui versant une tasse de thé, il fut fier de pouvoir la renseigner, lui qui à l’accoutumée, ignorait tout :

« La rivalité entre les Maisons Grazziano et Adorasti remontent à… à très longtemps… Je… j’ai résidé à la… à Florence dans mon enfance et c’est dans cette cité que se trouvait le Prince Andrea, le père du Prince Elio… J’ai déjà joué pour lui et déjà, j’entendais des échos de ces vieilles querelles. Mon… mes parents étaient liés, enfin, l’un plus que l’autre était lié à la famille Adorasti. La… disons, la reconquête de Venise est en quelque sorte le… le but ultime de chacune des Maisons. »

Prenant sa propre tasse entre ses mains, il prit garde à ne pas se brûler en buvant le breuvage encore fumant à petites gorgées. Incapable de supporter la chaleur trop longtemps, il la déposa bien vite dans une soucoupe à cet effet et reprit la conversation :


« Certains disent que le conseiller-astrologue aurait peut-être lui-même manigancé toute l’affaire, le meurtre, veux-je dire. Je ne sais pas trop quoi en penser. On… notre voisine, en fait, m’a dit que c’était un homme bien aimable. Elle l’a consulté il y a quelques jours au sujet de tracas domestiques que je tairai et elle a été très… très satisfaite, je crois, de ce qu’on lui a prédit. Mais en ce qui concerne le Castello… »

Il baissa la tête, rougissant à vue d’œil en se remémorant l’épisode qui l’avait opposé à Monsieur degli Albizzi.

« Je ne crois pas vous avoir assez… remercié pour v… votre indulgence envers moi. Je tiens encore à vous présenter toutes mes excuses pour ma conduite… ou plutôt mon inconduite, ce soir-là. C’est une chance, je veux dire, un honneur que vous ayez bien voulu de ces leçons avec moi, après que j’aie fait preuve de tant de… de bêtise. »
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Donatella Visconti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Lun 26 Nov - 21:32

Demetrio exprima clairement son contentement au sujet de la proposition qu'elle venait finalement d'accepter. Donatella se félicita d'avoir fait le bon choix même si l'angoisse de cette future prestation commençait déjà à se faire sentir. Cependant, le fait qu'il accepte de jouer avec elle la rassura un peu.

"Quand je me sentirai.. prête, je vous le dirai, c'est entendu." confirma-t-elle tout en se demandant si elle se sentirait prête un jour.

La jeune baronne pouffa de rire derrière sa main quand son professeur lui raconta l'anecdote du sot qui s'était assis sur son violon. Cependant, elle se retint de s'esclaffer car elle savait qu'elle-même en était capable, et puis abîmer un instrument était toujours fâcheux.

Tandis que Donatella lui racontait ce qu'elle entendait aux quatre vents concernant les nobles et moins nobles de la cité, elle voyait Demetrio se détendre à la façon dont il s'asseyait dans le fauteuil. Donatella n'en était que plus heureuse car cela signifiait que la conversation ne l'ennuyait pas.


"Oh mais je suis sûre que.. que vous feriez un très bon mari.. et un très bon père aussi..." dit-elle en le regardant timidement, espérant qu'il comprenne l'allusion.

"Par exemple, moi je serais ravie d'être votre femme... enfin non.. si, je veux dire s'il m'était donné d'être votre femme, vous seriez un très bon.. très... Excusez-moi, je m'embrouille un petit peu." dit-elle précipitamment en se rafraîchissant énergiquement de son éventail.

"Oh le prince Samuele est un homme tout à fait.. charmant. Oui charmant. C'est un très grand homme. Enfin pas par la taille... je parle de son charisme.. mais c'est normal, c'est un prince.. Mais vous savez, parfois quand vous êtes seul avec lui il est un peu.. juste.. comme si.. vous voyez..." tenta-t-elle d'expliquer par des mimiques et des gestes des mains car elle ne trouvait pas les mots appropriés pour expliquer la gêne qu'elle ressentait parfois en présence du prince.

Quand la conversation revint sur la princesse et sa grossesse étrange, Donatella écouta avec attention les remarques de Demetrio tout en hochant la tête. Il avançait également des hypothèses pour essayer de comprendre la situation.


"Craindre pour la vie de l'héritier ? Mais pourquoi ? Et je ne vois pas en quoi cacher sa naissance aurait aidé à le protéger, il ne va tout de même pas rester dissimulé de tous toute sa vie, non je ne comprends pas..." dit-elle en secouant la tête d'un air très catégorique.

"Quant à savoir si vous feriez un bon prince ou non, je peux vous comprendre. Si j'étais princesse, ça serait désastreux aussi je pense. Bien que vous soyez moins maladroit que moi." répondit-elle en souriant.

"Quant au Prince Elio, je ne le connais pas." dit-elle en haussant les épaules. "Et les stratégies c'est bien trop compliqué pour moi." conclut-elle.

Le regard empli de gourmandise, Donatella regarda le plateau couvert de bonnes choses et ne se fit pas prier pour se servir quand Demetrio l'y invita. Attrapant un biscuit elle y croqua à pleine dents tout en écoutant les explications concernant la rivalité entre princes.


"D'accord alors chi... " Donatella avala sa bouchée pour ne pas parler la bouche pleine. "Excusez-moi.. si j'ai bien compris, même vous ne connaissez pas l'origine de cette querelle ?" demanda-t-elle en portant à ses lèvres la tasse de thé.

"Hou c'est chaud." ajouta-t-elle en la reposant et en tapotant ses lèvres du bout des doigts.

"Reconquérir Venise... Voilà bien un grand mot de Prince. Ils n'ont pas à la reconquérir, tout Venise est déjà à leurs pieds. Ils feraient mieux de se réconcilier. Ensemble ils pourraient donner de splendides réceptions et des bals magnifiques." suggéra-t-elle.

Reprenant sa tasse de thé et s'employant à souffler dessus pour la rendre buvable, Donatella écouta de nouveau Demetrio qui parlait du conseiller astrologue.


"Manigancer ? Mais c'est impossible. Il lit dans les étoiles voilà tout. Certains personnes sont vraiment mauvaises langues..." dit-elle en trempant son biscuit dans le thé. Heureusement que sa gouvernante n'était pas là pour la voir car elle lui aurait certainement fait un signe désapprobateur ou un froncement de sourcils appuyé. Mais Donatella adorait tremper ses petits biscuits dans le thé. Ca les rendait moins durs et plus parfumés, même si ça ne se faisait pas, elle le savait très bien.

S'apercevant que le biscuit était devenu tout mou et s'était éparpillé dans sa tasse en un tas de miettes peu engageantes, Donatella se mit à rougir et tenta de limiter les dégâts en ramenant les miettes sur le côté avec sa cuillère.


"Quoi ? Oh, le Castello. Mais ce n'est rien voyons, vous vous êtes excusé c'est le principal. Vous aviez juste un peu trop bu alors je comprends, même s'il ne faut pas recommencer. Vous êtes pardonné monsieur Catanei et je suis ravie que vous soyez mon professeur." dit-elle en délaissant finalement sa tasse.
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Demetrio Catanei
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Lun 10 Déc - 5:15

Après une durée qu’il avait jugée convenable, Demetrio s’était risqué à prendre entre ses mains sa tasse de thé. Mal lui en prit. La déclaration de son interlocutrice l’estomaqua et il s’étouffa bien malgré lui avec son breuvage. S’ensuivit une scène possiblement comique pour un spectateur extérieur mais hautement désagréable pour le musicien. Près d’une minute plus tard, il put enfin retrouver son souffle et se redressa, le visage une fois de plus rougi. Dévisageant la jeune femme d’un air légèrement incrédule, il tenta de déterminer si celle-ci avait intentionnellement fait preuve d’un sens de l’humour douteux ou si ses propos avaient été tenus sans malice. Paraissant apparemment aussi embarrassée qu’il l’était lui-même, il ne put qu’excuser ce qui ne semblait pas avoir été qu’une mauvaise plaisanterie.

« Vous m’embrouillez tout autant, à dire vrai, » marmonna-t-il tout en essuyant d’un revers de manche des yeux toujours larmoyants.

Réalisant son inconvenance, il se hâta de préciser :


« Je… Je veux dire que… J’ai… Je crains que je ne sois pas… tout comme en matière de maternité, ce qui est normal, je suppose… que je ne sois pas le… le candidat idéal pour… pour ce genre de choses. La famille… »

Il marqua une pause, incertain de ce qu’il était en mesure de confier à la baronne qui n’était, après tout, qu’une parfaite inconnue.

« Disons que la famille a toujours été… embrouillée. Pour moi. Je n’ai pas vraiment… enfin, si mais… J’ai reçu mon éducation presque exclusivement de la part de ma mère. Et je ne crois pas que je… je saurais que faire. En étant père. Ou époux. Je suis maladroit et distrait à un point tel que je pourrais fort bien oublier un enfant, même le mien, dans son berceau pendant… pendant des jours. Et cela, sans la moindre… la moindre malignité. Et pas non plus par faute de… d’affection, de tendresse ou de… comment dit-on cela? Ah, de compassion. Je suis seulement étourdi. »

Relativement satisfait de sa justification, il entreprit d’éponger le thé qu’il avait renversé sur ses habits tout en écoutant la description du Prince Grazziano. Un sourire amusé lui vint aux lèvres lorsque, relevant les yeux, il put admirer la pantomime d’une baronne à court de mots.


« Je vous comprends parfaitement, affirma-t-il doucement. Le Prince Elio, comme son père d’ailleurs, est tout aussi intimidant. Ce sont ces yeux, je crois, réfléchit-il tout haut. Il possède de ces yeuxs qui vous… qui vous transpercent. Mais il est parfois inutile de porter un titre pour me décontenancer d’un seul regard. La poissonnière au marché du Rialto me terrorise chaque fois qu’elle m’adresse la parole, » lui confia-t-il, penaud.

Tout aussi perplexe au propos de l’héritier Adorasti, il haussa les épaules avec l’expression résignée de celui qui laisse aux grands de ce monde la tâche d’élaborer des intrigues dépassant tout entendement.


« Vous devez avoir raison… mais comme vous le dites, aucun de nous deux n’est prince ni princesse, pour le moment du moins, et n’a à établir de tactiques pour triompher sur la Maison adverse… quoique… »

Il hésita un instant, de peur de paraître indiscret ou d’afficher des allégeances qu’il était loin d’être prêt à assumer.

« Vous appartenez bien à la Ca’Grazziano… peut-être le Prince attend-t-il de vous que vous… vous vous illustriez au nom de sa Maison? De quelque manière que ce soit. Encore une fois, je dois m’admettre ignorant en la matière et peut-être les seules circonstances ont-elles fait que vous vous êtes retrouvée sous le toit des Grazziano… »

La conversation se poursuivit toujours au sujet de la rivalité entre les deux Maisons et le violoniste, cette fois, dut avouer la défaite, incapable d’élucider le mystère entourant la cause des affrontements :

« J’ai cru comprendre que la source de leur inimitié se perdait dans la… dans la nuit des temps et qu’à présent, nul, sauf peut-être les Princes eux-mêmes, ne connaît la raison de tant de haine. J’ai entendu de sombres histoires d’impudicité et d’outrage, d’autres plus prosaïques de succession ou de vol de biens précieux… mais je soupçonne que toutes ces fariboles aient été inventées par des commères souhaitant répandre leur propre vérité. »

La proposition émise par sa compagne le fit rire de par son ingénuité, rafraîchissante après l’hypocrisie des salons.

« Peut-être devriez-vous soumettre cette idée au Prince Samuele. Vous pourriez lui faire entendre raison pour le bien des deux familles comme pour celui de cette cité. Leur conflit n’apportera rien de bon, je peux vous l’assurer. »

Soulagé par le pardon qu’on lui accorda à nouveau, Demetrio enchaîna la discussion avec les évènements tragiques du Castello :


« Je ne sais pas si tout cela est bien chrétien. Je ne suis pas dévot, loin de là, mais je trouve tout de même étrange la mort de ce Monsieur… Monsieur Salvati? On m’a dit que la dague qu’il avait plantée dans le cœur a disparu, comme par enchantement… Le connaissiez-vous? Ce Monsieur Sal… le défunt? Il faisait également partie de la Ca’Grazziano, je crois? »
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Donatella Visconti
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Lun 10 Déc - 23:17

Donatella n'avait su que faire en voyant Demetrio s'étouffer avec son thé. Elle avait d'abord tendu ses mains vers lui mais comme cela n'aidait en rien une personne en train de s'étrangler, elle s'était contentée d'agiter son éventail vers lui pour lui faire de l'air... ce qui au final ne servait pas à grand chose non plus.

Elle n'avait pas compris que cette déglutition manquée était de sa faute jusqu'au moment où il marmonna qu'elle l'embrouillait également. La jeune baronne cligna des paupières un peu surprise mais finalement le musicien reprit sa phrase de manière plus convenable. Donatella tenta alors de le rassurer car il était certain qu'il se faisait de fausses idées.


"Oh mais vous dites cela parce que vous n'avez pas confiance en vous. Nous nous ressemblons un petit peu on dirait. Mais je puis vous assurer que vous seriez un très bon... enfin bref, voilà." dit-elle en évitant de prononcer de nouveau les termes qui l'avaient fait s'étouffer.

Finalement, il ne sembla pas vouloir éviter le sujet d'avantage car il lui confia ses quelques faiblesses familiales. Donatella l'écouta avec attention, une pointe de tristesse dans le regard.


"Mais au contraire... vous tiendriez ce rôle encore bien mieux car vous combleriez ce vide en étant père vous-même, j'en suis persuadée !" tenta-t-elle d'expliquer.

En revanche, lorsqu'il annonça qu'il était capable d'oublier un bébé pendant des jours, Donatella fut quelque peu refroidie.


"Ah." laissa-t-elle échapper dans un premier temps.

"Mais non.. il y a toujours une nourrice, et puis la mère s'en occupe plus que le père, ne vous inquiétez pas !" ajouta-t-elle après avoir analysé la situation hypothétique d'un pauvre bébé abandonné dans son berceau.

Donatella fut soulagée et satisfaite que son professeur ait compris ce qu'elle voulait exprimer pour décrire le prince Grazziano malgré sa difficulté à trouver les mots justes. Il lui expliqua par la suite que le prince Elio également était intimidant et que cela était en partie du à son regard.


"Vraiment ?" s'étonna-t-elle intéressée.

Quant à la poissonnière, la baronne ne l'avait jamais rencontrée mais elle comprenait ce que voulait dire Demetrio. Elle-même était souvent effrayée par un tel mais elle se rendait compte qu'il s'agissait de personne de haut rang et non de personnes du peuple. Cependant, si la poissonnière était de gabarit imposant avec une grosse voix criarde, elle ne devait effectivement pas être très rassurante.

Quand la conversation revint sur les Maisons adverses, la baronne répondit sans complexe aux interrogations de son professeur.


"Le prince Grazziano ne m'a jamais laissé entendre qu'il attendait quelque chose de précis de ma part concernant le prestige de sa maison. Et je suis sous son toit simplement parce que mes parents sont une connaissance des Grazziano." expliqua-t-elle avec sincérité.

Elle écouta alors le peu d'explication qu'il connaissait concernant les divergences des deux maisons. Cela était frustrant de ne pas en savoir plus. Elle acquiesça alors qu'il approuvait son idée de suggérer au prince Grazziano de sympathiser avec le prince Elio. A l'occasion, elle lui en ferait part.

Lorsque la conversation revint au sujet du meurtre du Castello, Donatella frissonna d'horreur.


"Oui, Monsieur Salvanti, je ne le connaissais que très peu, je ne l'ai croisé que deux ou trois fois tout au plus... Quant à la dague.. cela ne me surprend guère... c'était un meurtre annoncé par les astres ! La mort rôdait a-t-il dit... holala, tout cela est effrayant." dit-elle juste au moment où quelques coups furent frappés à la porte, la faisant sursauter.

Sa gouvernante entra dans la pièce, visiblement soulagée de ne pas entendre de couinement de violon torturé. Elle lui annonça qu'il était temps pour elle de rentrer au palais en lui rappelant l'entrevue qu'elle avait prévue avec la marquise Cenci.


"Oh ! J'avais presque oublié !" s'exclama-t-elle en se levant.

"La conversation avec monsieur Catanei était tellement agréable que je n'ai pas vu le temps passer." ajouta-t-elle avec un sourire envers l'intéressé.

"Nous nous reverrons bientôt. Peut-être passerai-je plus souvent si je veux être parfaitement préparée pour le concert devant le prince." dit-elle sans remarquer le regard perplexe de sa gouvernante.

"A bientôt monsieur Catanei, et merci." dit-elle alors qu'elle revêtait son manteau et s'en allait.

[Ca'Grazziano]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Dim 4 Mai - 19:29

(dédoublement très temporaire; l'action avec Ariela sera conclue avant la fin du mois, exams de son côté obligeant)

[Calle Trevisi - La Maison d'Ariela Accorti - Extérieur - Jardin]

Après avoir reçu deux patients qui attendaient dans son cabinet, Muzio s'était installé dans sa bibliothèque et avait ressorti de ses herbiers un feuillet anormalement peu annoté qu'il s'était réjoui de pouvoir compléter. Il consacra plusieurs minutes à une observation attentive du petit rameau cédé par la comtesse, puis Alessandro fit son apparition dans la pièce, hésitant à déranger le docteur. Ce fut Muzio qui finit par se retourner. Le garçon lui annonça qu'un domestique en livrée était passé demander une visite pour sa maîtresse le lendemain, puis lui tendit un papier arrivé pour le médecin.

Muzio reposa sa loupe et décacheta le billet. "Fenice... dispose d'une loge... ravie de vous y accueillir.... Baronne Donatella Visconti."

Interloqué, le médecin repoussa définitivement ses notes botaniques. N'était-ce pas tout à fait inconvenant ? A vrai dire il ne savait pas grand'chose des usages du monde, mais l'idée lui paraissait surprenante. Il revit la petite baronne, amusante de maladresse et momentanément exaspérante lorsqu'elle s'approchait d'un violon dans sa propre maison. Il avait déjà été appelé pour elle Ca Grazziano, la demoiselle étant sujette aux évanouissements qui faisaient tant rire Iago. Mais somme toute il ne la connaissait qu'à peine. Peut-être avait-elle invité Demetrio également ? C'eût été plus logique. D'ailleurs, mmh, là était peut-être la clé de la chose. Il n'aurait pas été étonné que Donatella se fût amourachée de son professeur de musique.

Dans tous les cas, il ne se voyait pas du tout refuser l'invitation. D'une part parce qu'il se sentait étrangement attendri par cette enfant dont l'innocence était une source de fraîcheur dans la ville, d'autre part, parce que la perspective de passer la soirée à la Fenice l'attirait fortement. Rompre avec ces soirées solitaires, Demetrio y avait contribué, mais finalement ils se croisaient plus souvent qu'ils ne s'asseyaient ensemble, et souvent le médecin était appelé dehors, le soir ou dans la nuit. Il ferma les paupières, imagina la salle, la musique et les danses, et n'hésita plus. Il ouvrit les yeux, reprit sa plume et rédigea une courte missive remerciant la baronne et l'assurant de sa présence. Au diable les mauvaises langues.

Sur cette charitable pensée, il envoya Alessandro porter sa réponse et savoura quelques minutes de repos. Comme un enfant à qui l'on promet la mer est déjà devant elle en pensée, il prenait plaisir à imaginer sa soirée, glissant sur quelques images fantaisistes qui l'amusèrent. Ce serait la première fois qu'il assisterait à un tel spectacle. Il pensa soudain à la masse humaine qui grouillerait dans la salle et en fut effrayé, mais avec l'innocence d'un provincial il pensa que les gens se tiendraient tranquilles et qu'il ne verrait que le spectacle.

Muzio se leva et se rendit à l'office où il prépara un café très noir, qu'il revint déguster dans son fauteuil près de la cheminée. Un sourire monta à ses lèvres. Ou il se trompait fort, ou il n'allait pas tarder à avoir de la visite.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Ven 16 Mai - 23:02

[La Ca Grazziano]

Le docteur ne se trompait que très rarement. Muzio n’avait pas dû boire plus de deux gorgées de son café que l’on put voir apparaître une tête dans l’entrebâillement de la porte.

"Est-ce qu’il y aurait une tasse pour moi ?"

Alessandro n’était pas encore revenu et Iago avait décidé que l’habitude lui donnait le droit de s’introduire lui-même dans la pièce. D’un pas léger il avança dans la pièce, abandonnant manteau et chapeau sur une chaise.

"Ne vous levez surtout pas, je me sers moi-même…"

A vrai dire, en disant cela, Iago s’amusait surtout, car toutes ces manières étaient superflues. Il connaissait maintenant assez bien le médecin. On pouvait presque dire d’ailleurs que la tasse qu’il venait de saisir était sa tasse et que le fauteuil sur lequel il s’installait, juste en face de Muzio, était son fauteuil.

"Comment allez-vous, très cher ami ? Savez-vous que votre compagnie finirait presque par faire de moi un homme nouveau ? Je me suis pris à penser, aujourd’hui, que l’être humain était quelque chose de curieux. Vous rendez-vous compte ? J’ai été pris de curiosité pour une fois, et non pas de l’envie irrépressible de fuir ou bien de faire disparaître de manière définitive l’individu en face de moi…
Une bien étrange nouveauté n’est-ce pas ?"

Iago venait d’arriver, mais c’était déjà comme s’il avait toujours été là. Bien calé dans le fauteuil, jambes allongées vers la cheminée et petit sourire narquois.
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Muzio Barrozi
Médecin
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Date d'inscription : 14/05/2005

MessageSujet: Re: Etage Inférieur - Le Salon-Bibliothèque   Ven 16 Mai - 23:45

Muzio avait appris à anticiper les visites de Iago degli Albizzi pour la bonne raison que, d'une manière générale, elles intervenaient exactement au moment où le médecin les auraient jugées nécessaires ou agréables. C'était sans doute le seul point qui n'était pas imprévisible chez Iago.

Un large sourire accueillit le nouveau venu.


« Entrez ! Vous savez qu'il y aura toujours une tasse pour vous ici. »

Il se dispensa d'inviter Iago à s'installer, sachant très bien que celui-ci ferait très exactement ce qu'il aurait envie de faire. Il se contenta de regarder l'homme se servir et d'écouter sa dernière trouvaille, savourant le bonheur de cette amitié étrange et vraie. Contrairement à ce qu'affirmait le proverbe, l'harmonie de leur relation reposait sur la complémentarité fondamentale de leurs caractères.

Un sourire amusé accompagna les dernières paroles de Iago.


« Mais heureusement que certains individus vous résistent ! Cela vous distrait, et cela me rassure. Qui est l'heureux humain qui a su attiser votre curiosité ? »
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