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 L'Allée Centrale

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Du Bout des Doigts
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MessageSujet: L'Allée Centrale   Dim 20 Nov - 1:38

..
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Dim 15 Oct - 16:50

[Ca'Adorasti - Appartements de la Princesse - Le Petit Salon Privé]

De l'air. Chaque minute passée dans la salle de bal avait été vecteur de tension pour le médecin. L'examen qui avait suivi, et le tête-à-têtes avec les Princes, sans être oppressants, n'étaient pas de toute tranquillité d'esprit. Lorsque Muzio franchit la porte qui menait à la rue, il prit une immense bouffée d'air froid.

Il avait souri lorsque Ugo di Grazziano s'était excusé du jeu de papier glissé. Il voyait clairement les deux enfants, rivalisant de blondeur, se passer des mots pendant l'étude, complices, joueurs. Avaient-ils vraiment changé ? Oui, sans doute...

Les deux hommes sortirent de concert. Muzio avait eu un léger tressaillement lorsque le Prince l'avait questionné, avec une spontanéité qui semblait le caractériser, sur sa famille. Le médecin s'était vite repris cependant. Il avait esquissé un geste flou, et répondu avec douceur:


« J'en avais une. »

Quelques pas plus loin, gêné pour une fois par le silence, il avait ajouté avec une désinvolture presque convaincante:

« Un homme de mon âge n'a pas d'excuse pour ne pas avoir de famille, n'est-ce pas ? Mes patients ont dû faire de moi un ours qui leur est entièrement dévoué... »

Ils traversèrent un petit pont. Leur double-pas résonnait sur les pavés.

« Votre soeur semble vous être très attachée. Vous êtes un soutien précieux pour elle. »

Il ne savait pas très bien s'il avait le droit de parler ainsi. Après tout, il ne connaissait le duo que depuis quelques dizaines de minutes... Mais le médecin était fatigué de se surveiller. Chaque pas le détendait un peu plus et déchargeait la tension de ses épaules. Il se sentait serein. Il avait juste livré son impression.

Le Prince et le docteur se retrouvèrent bientôt dans un jardin aux mille parfums tous plus délicieux les uns que les autres. Etait-ce le fruit du hasard ? Muzio ferma un instant les yeux et respira profondément.


« Notre langage ne vaut rien pour décrire le monde des odeurs... » murmura-t-il à la nuit.
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Coriolan
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Dim 15 Oct - 21:12

[Ca'Adorasti - Appartements de la Princesse - Le Petit Salon Privé]

Coriolano marchait à côté du médecin, semblant regarder nulle part, mais soigneusement attentif (habitude de Naples, ville des brigands) une main négligemment posée sur le pommeau de son épée.

Il avait remarqué le léger tressaillement de Muzio, mais respecta le désir de ne pas parler de son compagnon de marche, et ne chercha pas à en savoir plus.

Il sourit à la remarque du médecin sur son âge et son absence de famille. Intérieurement, il se fit la réflexion qu'il ne devait pas être beaucoup plus jeune que le médecin, et qu'il n'avait pas non plus de famille. Mais lui avait la chance d'être prince à l'air juvénile, et donc de ne se voir poser aucune question indiscrète...

Coriolano ne répondit pas non plus à la remarque sur le soutien qu'il était pour sa sœur. Il réfléchissait. Il repensait à elle, justement.
C'est à ce moment que le médecin s'arrêta pour respirer profondément l'air froid de la nuit.

Il s'était visiblement détendu depuis qu'ils étaient sortis du palais. Un instant, Coriolano contempla le visage qui semblait presque endormi, de Muzio. Lui-même alors ferma les yeux une courte seconde pour inspirer.


"Quelques fleurs d'hiver qui arrivent à percer sous la neige..."

Dans six mois, des roses fleuriront de partout, et l'odeur sera beaucoup plus capiteuse et prégnante.

"Cela suffit à créer un monde d'odeur. Savez-vous ? C'est à une de ces fleurs que j'ai pensé quand j'ai revu ma sœur ce matin... Pourtant, pendant le bal..."

Comme s'il se décidait brusquement, Coriolano attrapa le bras de Muzio, fixant sur lui un regard un peu naufragé, et assez inquiet.

"Monsieur," Pas "Maître" ni "Maître Barrozi" ni "Docteur", Coriolano cherchait l'avis de l'homme en face de lui. "j'ai besoin de vos conseils, pourrais-je... Pourrais-je compter sur votre plus absolue discrétion ?"

En disant cela, il jeta un coup d’œil alentour. Le jardin était désert. C’est tout juste si l’on distinguait, au loin à travers les arbres et les haies, du côté de la fontaine, la vague lumière d’un flambeau.


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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Dim 15 Oct - 22:27

Les rôles s'inversèrent.
Le Prince l'imita en inspirant profondément les parfums du jardin. Et Muzio rouvrit les paupières pour observer le jeune visage tendu. Sa soeur, une fleur. Bien sûr. Blanche. Bianca. Et pourtant.

Pourtant, pendant le bal... ?
Ugo faisait-il allusion à l'évanouissement de la jeune femme, ou évoquait-il son attitude générale ? Pourtant... Pourtant Bianca lui avait paru épanouie, heureuse. S'enivrer de rire pour ne pas pleurer ? C'était peut-être grave. Oui, à en juger par le regard du Prince di Grazziano, c'était plus grave.

Après la ride soucieuse, le regard perdu. Les gens s'accrochaient souvent à leur médecin comme à une bouée de sauvetage. Banal, sans doute, mais toujours un peu bouleversant pour la bouée en question. Surtout après si peu de temps... Surtout quand il s'agissait des confidences d'un Prince. Finalement, Ugo n'était peut-être pas un soutien solide pour sa soeur. Muzio eut plutôt le sentiment que le frère et la soeur coulaient, mais coulaient enlacés. Les anges peuvent-ils se noyer ?

Il plongea le regard dans les yeux inquiets de son jeune compagnon, et fit peser à son tour une main, mais plus sûre, sur le bras de Ugo. Un homme parle à un homme.


« Toujours, Monsieur. »
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Coriolan
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Lun 16 Oct - 0:52

Machinalement, l'autre main de Coriolano attrapa la main rassurante qui s'était posée sur son bras et la serra légèrement. Mais son regard s'échappa de celui du médecin pour aller chercher dans le ciel un appui. Il y avait presque une légère rougeur sur ses joues, alors qu'il s'apprêtait à parler de sa soeur, même dans ses petits défauts.

"Et bien... Je... Ma soeur est venue me voir ce matin. Elle m'a paru très triste, très mélancolique. Vous devez connaître ce genre de mariage entre familles. Cela ne rend pas souvent les époux heureux."

Coriolano eut un sourire triste en regardant l'homme en face de lui.

"Et puis dans l'après-midi, j'ai reçu un message d'elle. Oh ce n'était pas malin de sa part... Elle a arrêté un saltimbanque dans la rue pour me le faire parvenir, son message aurait pu arriver n'importe où. Son mari l'avait enfermée dans sa chambre."

Coriolano s'arrêta un instant pour passer une main dans ses cheveux, sentant la nécessité de commenter.

"Je sais que vous ne nous jugerez pas, ni moi, ni ma soeur, ni le Prince Adorasti. C'est pour cela que je vous dis les choses ainsi.
Elle n'avait plus le droit de sortir. Son message était désespéré. Elle me suppliait de venir, de faire quelque chose.
Je suis venu un peu plus tôt à la soirée. Et j'ai vu arriver ma soeur, radieuse, qui ne m'a pas dit un mot du billet."

De nouveau, Coriolano plongea un regard inquiet dans celui du médecin.

"Mais vous comprenez ? je veux bien imaginer qu'elle ait fait la paix avec son mari... mais elle m'aurait dit une parole "ce n'était pas grave" ou "ne vous inquiétez pas". Mais là, ce n'était pas cela, ce n'était pas la joie que je lui connais. Elle semblait... exaltée, riant beaucoup, sans la moindre trace de tristesse, sans donner l'impression de se forcer non plus... Ma soeur est réservée, Monsieur, même joyeuse elle est douce, calme. Pas écervelée comme ce soir.
Et pour conclure, cet évanouissement..."

Coriolano secoua la tête comme un homme qui ne comprend plus rien.

"Je ne prétends pas avoir une connaissance absolue de ma sœur, peut-être que je m'inquiète à tord, mais de tels sauts dans son humeur, un pareil comportement lors de la soirée après avoir fait preuve d'un abattement aussi... légitime... Je ne sais que penser."

Coriolano avait raconté tout avec le plus de sobriété possible, cherchant à ne pas donner son sentiment sur le rôle, odieux selon lui, de son beau-frère, ni à adoucir les étourderies de sa soeur, pour que Muzio puisse lui dire le plus honnêtement possible s'il pouvait, devait, s'inquiéter pour sa soeur.


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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mar 17 Oct - 21:46

Muzio observait, écoutait, analysait et s'efforçait surtout de ne pas porter de jugement.

Le voilà plongé dans les problèmes de la ville, des Princes. Jusqu'à maintenant, son habileté avait été sollicitée dans un cadre strictement médical. Ou presque. Il lui était arrivé de sortir du cadre traditionnel et de procéder à deux ou trois improvisations, sans compter les animaux pour lesquels on l'appelait parfois aussi souvent que pour les hommes. Mais là, il ne s'agissait plus de ses compétences propres. Être présent, oui. Ecouter, comprendre, bien sûr. Si Ugo n'avait pas paru aussi désemparé... Non, c'était son devoir de médecin à partir du moment où la santé de la Princesse était en jeu, et c'était aussi son devoir en tant qu'homme. A moins que tout ceci ne fût un piège destiné à tester le nouveau médecin...

Oh et puis, au diable ces prétendus dilemmes ! On lui demandait son aide, il l'apporterait de son mieux, point. Ainsi Muzio rabattit-il le caquet à sa propre tête.

Il avait froncé le sourcil en apprenant que le Prince Elio faisait preuve de violence envers son épouse. La seule pensée d'opposer de la force à la douceur de la Princesse lui était impossible. Cependant, prévenant sa réflexion, une phrase de Ugo lui rappela qu'il n'avait aucun jugement à porter en tant que médecin. C'est pourquoi il écouta se déverser les confidences du jeune homme sans un mot, un regard sagace posé sur lui.

Lorsque le Prince s'interrompit, laissant planer l'incertitude dans l'atmosphère, Muzio s'accorda quelques secondes pour remettre ses idées en place. Il détourna enfin les yeux, qui se fixèrent sur la lueur aperçue par Ugo un peu plus tôt.


« Je vous remercie de m'accorder si tôt votre confiance... » commença-t-il doucement.

Le froid lui brûlait les joues et les lèvres. Il avait eu du mal à reprendre la parole après ces instants de silence. Sa voix se fit ensuite un brin plus autoritaire, celle d'un père qui s'adresse à son fils avec bienveillance et fermeté.


« Tout d'abord, il ne faut rien conclure trop hâtivement. Si le comportement de votre soeur a pu vous paraître étrange aujourd'hui, c'est peut-être le fait du hasard, ou des aléas d'une vie mouvementée. Il est tout à fait possible que Madame la Princesse se soit elle-même un peu perdue dans ses sentiments, c'est tout à fait compréhensible. Cependant... »

Il s'interrompit, et son regard vint de nouveau s'engager dans celui du Prince.

« Cependant, vos observations, j'en suis sûr, sont avisées. »

Un froncement de sourcils désapprobateur introduisit la suite.

« Il existe, vous le savez certainement, tout un arsenal de substances susceptibles d'agir sur l'intellect, les humeurs, et les sensations... Je connais trop peu votre soeur pour avoir remarqué quelque chose d'inhabituel chez elle; elle m'a paru, je vous le disais, en bonne santé quoique légitimement fatiguée et peut-être un peu... mélancolique. »

Des images de Bianca lui traversèrent l'esprit. Bianca en pleurs, confiant un appel au secours au premier venu, Bianca rayonnante et sémillante, tourbillonnant dans la salle de bal, et puis Bianca étendue sur un divan, fragile et digne.

« Je reviendrai examiner votre soeur demain matin. Je porterai une attention toute spéciale à ce sujet, je puis vous l'assurer. Mais... Vous, auriez-vous quelque soupçon particulier ? Je vous prie de parler sans détour, comme vous l'avez fait jusqu'à maintenant. »

Toujours ce regard fin et pénétrant, qui interrogeait, qui cherchait à comprendre et à percevoir.
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Coriolan
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Jeu 19 Oct - 13:57

Oui, Coriolano avait très rapidement fait confiance au médecin. Pour une fois, il n'avait pas longtemps laissé ses gardes levées. Et dès que le médecin reprit la parole, Coriolano sut qu'il avait eut raison.

Comment le médecin pouvait être aussi exactement ce qu'il attendait de lui, Coriolano n'en avait aucune idée. Mais silencieusement, il le remerciait pour cela.
Les paroles de Barozzi remettaient en place les idées de Coriolano, les clarifiaient, et l'apaisaient. Savoir que le médecin ferait attention à sa sœur lui apportait un immense soulagement.

En revanche, en ce qui concernait les soupçons... Coriolano secoua la tête avec un petit rire désabusé.


"Je crains de ne manquer de partialité, Monsieur... Je crois qu'on en veut toujours un peu à l'homme qui vous vole votre soeur, même si ni lui ni elle n'en avait réellement envie."

Coriolano n'avait pas de cape, et les petits coups de vent faisaient virevolter son jabot, mais il ne semblait pas souffrire vraiment du froid. En revanche, il avait remarqué la légère raideur des lèvres de Muzio, et se remit en marche pour que le médecin ne gèle pas sur pied.

"Je... Enfin, pour moi, il ne fait aucun doute qu'on a fait quelque chose à ma soeur. Je le comprendrai presque. D'un point de vue purement politique, le Prince Adorasti a tout intérêt à ce que sa femme soit présente et heureuse au bal qu'il donne... Bianca a toujours eu beaucoup de mal à cacher ses sentiments. Et s'ils se sont disputés peu avant au point qu'il l'enferme, alors... elle ne devait pas donner l'image de l'épouse parfaite..."

Coriolano enleva subitement son chapeau pour lever les yeux vers le ciel, détournant ainsi son regard qu'il savait trop fragile pour son rang. Il ne duperait pas le médecin, sans doute, mais il ne pouvait pas ne rien faire non plus.

"Oh je ne sais pas ! Peut-être suis-je en train de tout inventer... Pour moi, Elio Lacryma Adorasti est capable de tout, et surtout du pire. Mais... je suis très mal placé pour juger, je le reconnais. Je ne sais pas..."

Il resta un instant à marcher en silence, les cheveux presque blancs sous la lune. Son regard se reporta sur le médecin alors qu'une idée lui venait.

"Est-ce que... Vous devez-être très occupé, mais... est-ce que vous penseriez pouvoir venir, demain, chez moi ? Si vous jugez ma soeur apte à pouvoir sortir, vous pourrez la voir ainsi, hors du palais Adorasti, entourée de ses amies. Vous pourrez la voir et me dire si vous ne voyez pas de différence entre son bonheur et l'excitation futile qu'elle a montrée ce soir."

Il eut un petit sourire et ajouta avec un brin d'amusement qui donnait de la légèreté à ses paroles.

"Et si vous me promettez d'être plein de tact, et qu'elle est d'accord, je vous permettrai même de lui poser toutes les questions que vous voulez."

Ils approchaient de la lumière, toujours hors de portée de voix, d'autant que Coriolano, presque sans y penser, parlait à voix basse. Mais on distinguait maintenant une forme humaine.


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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Sam 21 Oct - 19:25

Par moments, Ugo lui faisait penser à Cilio Dell'Arbero... Le même regard un peu naufragé qui cherchait l'inspiration ou le réconfort vers le ciel... La même impression de fragilité. Et dire que les grands ressorts de la vie étaient tirés par ces enfants... Capables de tout, et surtout du pire, comme le Prince l'avait si bien dit.

Muzio méditait les paroles de Ugo en silence lorsque celui-ci lui proposa soudain de venir jouer les observateurs le lendemain. A ce fameux divertissement impromptu proposé à Elio quelques instants auparavant... La réaction spontanée du médecin rappela vaguement la technique du hérisson attaqué:


« Ecoutez, je ne sais pas s'il convient que... Je n'ai pas à... »

Mais un seul regard sur le Prince eut raison de ses réticences. Il reprit pied sur le bord solide duquel il avait dérapé et le hérisson se déroula.

« Très bien, Monsieur, j’accepte. Je vous promets de veiller tout spécialement à votre sœur demain. Car, en toute vraisemblance, elle sera tout à fait en état de sortir et cela lui fera le plus grand bien… » assura-t-il.

Il marqua un petit temps d’arrêt, puis un sourire à peine esquissé se forma sur ses lèvres glacées, tandis que ses yeux brillèrent un peu plus:


« Ce serait avec beaucoup de plaisir que je m’entretiendrais avec votre sœur… J’espère toutefois ne pas avoir à faire subir un interrogatoire à Madame la Princesse. Un frère est bien certainement meilleur confident qu’un médecin. Néanmoins il est vrai que si quelque chose me semblait… anormal, j’aurais peut-être à user de votre autorisation. Avec tact… » ajouta-t-il finement.

Le mot l’avait amusé. Si parfois des maladresses lui échappaient, il n’avait pas spécialement pour coutume d’asséner diverses réflexions déplacées à ses patients.
Muzio conclut d’un ton mi-sévère, mi-amical.


« En attendant Monsieur, il ne faut vous inquiéter que dans une étroite mesure. Les raisons de votre tourment sont bien légitimes, mais encore trop prématurées, et votre sœur a avant tout besoin de votre force. »

Ce fut seulement à ce moment-là que le médecin le remarqua. Là-bas, au bord de la fontaine… Un homme recroquevillé. Instantanément, l’instinct du médecin se réveilla et la première pensée qu’eut Muzio fut: cet homme veut se noyer. Mais cela resta fugitif, et il se raisonna: dans les circonstances, il s’agissait plutôt d’un rendez-vous galant que d’une tentative de suicide… Sinon ç’eût été le Canal.

Il jeta un coup d’œil à Ugo pour voir si celui-ci avait, lui aussi et peut-être depuis quelque temps déjà, remarqué l’homme. Car pour Muzio, il ne faisait aucun doute que c’était un homme.


[Le Jardin du Castello - La Fontaine]


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Coriolan
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Dim 22 Oct - 12:59

"Merci, Monsieur, vous avez tout à fait raison, je..."

Coriolano avait semblé se détendre peu à peu, reprendre la force et le courage que le médecin lui conseillait d'avoir. Il savait maintenant qu'il n'était plus le seul sur qui pesait le poids de l'inquiétude. Il savait qu'il pouvait compter sur Muzio Barrozi.

Il ne craignait plus de ne pas voir quelque chose, de ne pas remarquer le petit truc révélateur. Ou d'imaginer des choses. Il savait maintenant qu'il y aurait quelqu'un pour l'aider à protéger Bianca.

Mais sa phrase s'arrêta brusquement. Ils arrivaient à la fontaine, et la forme humaine était maintenant parfaitement visible. Ce n'était pas un homme. C'était un masque.
Il détestait les masques. Rien ne le dégoûtait plus que cette coutume vénitienne. Les masques servaient à des jeux galants, parfois joyeux, souvent pervertis, à des jeux mortifères surtout. Toujours plein de fourberie et de malignité. Il en avait horreur.

Sans savoir qu'au même moment Elio Adorasti pensait la même chose en des termes assez semblables, Coriolano jeta un regard au médecin qui semblait lui aussi pris d'un léger malaise.
Il glissa rapidement la main à sa ceinture pour vérifier que sa dague glissait bien dans son fourreau et murmura pour lui-même, ou pour le médecin.


"Je déteste l'hypocrisie des masques..."

Et il s'avança dans l'espace rond qui entourait la fontaine.

[Le Jardin du Castello - La Fontaine]


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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 1 Aoû - 20:16

[Ca'Grazziano]

Ah pour sûr Donatella avait été perturbée par l'échange qui s'était donné dans le couloir du palais. Après avoir quitté les deux protagonistes, elle s'était retrouvée dans sa chambre sans trop se souvenir de s'y être rendue. Heureusement que sa gouvernante avait été là pour la bouger un peu sinon elle serait toujours statufiée devant le reflet de son psyché.

Mais le plaisir et l'excitation de la préparation au bal avaient suffi à balayer son émotion. Elle avait hésité entre plusieurs robes et en avait finalement choisie une couleur bleu ciel qui lui plaisait bien et qui restait élégante et confortable à la fois. Cependant, la gouvernante rencontra quelques difficultés à la fermeture et Donatella dut se résoudre à autoriser la jeune femme à serrer d'avantage son corset. Il ne lui resterait plus qu'à éviter de donner l'impression d'être un poisson hors de l'eau en train de s'asphyxier.

La coiffure fut également un épisode épique qui demanda de longues minutes de préparation afin que ses cheveux récalcitrants soient tous mis en place en une coiffure correcte. Les deux femmes s'étaient assurées de n'avoir rien oublié et étaient reparties dans les couloirs en direction de la sortie. Ni prince rouge vif, ni princesse hargneuse, ni chien baveux ne se trouvèrent sur leur route et elles furent rapidement dehors.

Le soleil était en train de se coucher, il n'allait pas tarder à faire bientôt nuit. Donatella n'était pas tellement rassurée à la vue de la brume s'élevant des canaux et était restée bien contre sa gouvernante. Bien entendu, elle manqua de peu s'étaler sur les pavés en glissant sur une plaque de neige à moitié fondue. Heureusement, elle s'était rattrapée à sa gouvernante à grand renfort de moulinets de bras.

Ni l'une ni l'autre ne furent donc mécontente d'arriver enfin au Castello, fin prêt pour l'évènement du soir. Donatella préféra prendre l'allée centrale, légèrement différente de l'allée qu'elle avait visitée le matin même avec les lions de pierre. Cela dit, elle remarqua que dans cette allée-ci aussi il y avait des haies, et elle se promit de faire attention de ne pas y empêtrer sa robe.


"Oooh regardez comme c'est joli, il y a des lampions un peu partout ! Et ces petits bosquets sont vraiment beaux ! Heureusement qu'on ne voit pas trop cette horrible brume lugubre."

Donatella repéra les bancs disposés près des longues tables. Elle pourrait s'y asseoir dès qu'elle en sentirait le besoin. Il y avait déjà beaucoup de monde rassemblé entre les allées, certains riaient et parlaient fort, d'autres dansaient sur la musique qui égayait déjà le Castello.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Sam 4 Aoû - 13:02

[Le Rialto - Marché]

Comme l’avait remarqué Donatella, certains riaient et parlaient fort, d'autres dansaient sur la musique qui égayait déjà le Castello. D’autres encore (ou plutôt un autre) se débattaient dans la haie dans laquelle il venait de sauter.

Iago, car c’était lui, s'était perdu dans Venise, était arrivé au jardin et s'était mis à contempler la foule un petit sourire ironique aux lèvres, pensant légèrement au message que le prince di Grazziano lui avait envoyé, quand tout d’un coup, il avait vu arriver la jeune demoiselle Visconti.
Là, un instinct de survie plus fort que toute sa raison l’avait fait se précipiter dans un buisson voisin.

C’est que Iago avait déjà eu l’occasion de discuter avec la charmante jeune femme, et que cette discussion s’était révélée être une des expériences les plus traumatisantes de sa jeune vie. L’impression de parler sans que cela n’ait aucun effet, pire, de perdre peu à peu la logique et d’être contaminé par une sorte de naïveté bienheureuse. Expérience traumatisante, donc, nous avons dit.

Evidemment, un buisson, contrairement à ce que l’on peut croire, n’est pas du tout une bonne cachette. Ça griffe, ça pique, c’est très inconfortable et ça fait plein de bruit. Quand en plus la personne que vous cherchez à fuir s’arrête juste devant vous, vous pouvez être sûr que vous n’allez pas passer inaperçu très longtemps.

Le gilet à moitié arraché, les cheveux emmêlés dans les branches, Iago espéra vaguement que malgré tout le bruit qu’il faisait, Donatella n’allait pas se retourner.
Evidemment, pour arranger la situation, un chat qui comme Iago avait décidé de fuir dans le buisson se mit à protester violemment de l’intrusion humaine qu’il subissait.
Il tenta un
"Silence le chat ! Nous essayons d’être discret là..." avant de soupirer bruyamment. Evidemment il s’y prenait très mal. C’était l’influence de Donatella Visconti, forcément, c’était elle.
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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 8 Aoû - 17:10

"N'entendez-vous pas un bruit étrange venant de là...?" demanda Donatella à sa gouvernante, coupée dans la contemplation d'un beau couple dansant.

"On dirait un chat... le pauvre, peut-être est-il coincé dans la haie aussi... mais il faut faire attention, les chats griffent si on les approche trop prêt." expliqua-t-elle, forte de son expérience avec une mauvaise rencontre féline.

La gouvernante fit alors remarquer que le buisson bougeait avec force amplitude pour un simple chat.


"Oui vous avez raison.. c'est étrange... mais peut-être est-ce un très gros chat.. ?" fit-elle remarquer de nouveau, n'entendant pas le soupir désabusé de sa gouvernante.

Mais soudain, une voix humaine s'éleva du buisson, le doute n'était plus permis. Les deux femmes échangèrent un regard interrogateur et s'approchèrent de l'amas feuillus.


"Hey oh... y'a quelqu'un là dedans ?" demanda la jeune baronne.

La jeune fille replia son éventail et s'en servit pour écarter quelques branches du buisson, lui laissant apercevoir le visage de Iago. Bien sûr, la surprise provoqua un petit mouvement de recul, ce qui éloigna l'éventail de la branche qui retrouva sa place avec force, fouettant probablement au passage une partie du corps du gentilhomme.


"C'est monsieur degli Albizzi." dit-elle toute étonnée, les yeux ronds.

Faisant comprendre qu'elle avait peur du chat, elle demanda à sa gouvernante d'aider le pauvre homme à sortir de là, ce qu'elle fit, recommençant le même duel avec les branches emmêlées que le matin même.

Une fois Iago sorti, Donatella s'approcha de lui et lui enleva une feuille coincée dans le bas de sa manche.


"Tout va bien monsieur degli Albizzi ? Vous aussi vous êtes tombé ? Je sais ce que ça fait, moi je suis tombée dedans ce matin, mais c'était parce que j'ai voulu enlevé ma chaussure sans l'aide de ma gouvernante alors forcément j'ai été déséquilibrée. Mais vous vous avez encore vos deux souliers, est-ce le chat qui vous a fait peur aussi ?" demanda-t-elle à l'affilé.

Ce gentilhomme était étrange mais Donatella l'aimait bien. Chaque fois qu'elle le rencontrait, il faisait quelque chose d'inhabituel.
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 8 Aoû - 19:52

L’intense cri de douleur moral que proféra Iago intérieurement lorsque l’éventail de Donatella écarta la branche, fut promptement remplacé par un intense cri de douleur tout court, proféré à haute voix, lorsque la dite branche retomba brusquement sur son visage.

Ensuite, la situation alla de mal en pis, avec Donatella qui le reconnaissait et la gouvernante de la demoiselle qui l’extrayait de son abri sûr. Iago avait commencé à se débattre en marmonnant quelque chose comme "Non, non, je veux pas…" mais le fait que la gouvernante tirait avec fermeté sur ses cheveux et une de ses oreilles avait eu raison de sa résistance.

Iago se retrouva donc debout devant Donatella et sa gouvernante, les habits un peu en désordre, les cheveux transformer en nid pour oiseaux capricieux. Et la jeune baronne ne trouvait rien de mieux que de lui enlever une feuille qui était coincée au coude.
Iago tenta de s’épousseter d’un air digne, et regarda d’un air envieux le chat s’en aller, libre et fier dans le soleil couchant. Soleil couchant qui était déjà couché depuis quelque temps, mais peu importe.

Pendant ce temps, Donatella parlait, et Iago lui jeta un regard un peu boudeur pour lui répondre.


"Non, je ne suis pas tombé, je me suis jeté dedans. Et non, je n’ai pas peur du chat. Je… "

Il s’arrêta brusquement, en réalisant enfin l’autre partie de ce qu’elle venait de dire.

"Vous êtes tombé dans une haie ? En voulant enlever une chaussure ?"

Il eut un grand sourire. Cela avait du être une scène du plus haut comique. Il voyait cela d’ici…

"Ah bah ! Ce n’est pas étonnant, aussi, avec les robes que vous avez. Moi cela ne m’arriverait pas. En plus, je sais tenir sur un pied. Comme ça."

Et Iago se retrouva donc en équilibre sur un pied, les cheveux en bataille, au milieu des jardins du Castello.
Quelqu’un lui demanderait, là, maintenant, ce qu’il faisait sur un pied, il aurait bien du mal à répondre.
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Brunilde Gurrieri
Comtesse - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 8 Aoû - 23:42

[Ca'Adorasti – Suite de Brunilde]

A quelques pas du Castello, Brunilde pouvait déjà entendre le brouhaha constant de la populace, elle imaginait, sans les voir, les nobles et modestes gens se mêler entre eux avec plus ou moins d'enthousiasme. La comtesse ne s'arrêta pas pour prendre une grande, très grande inspiration, et préféra se jeter immédiatement dans la fosse aux lions, embrassant aussitôt du regard chaque groupe de personnes qui animaient de leurs rires les festivités du soir. Ah ! Si seulement Linda se trouvait là ! Nul doute que sa présence apaiserait la comtesse. Cette dernière, en effet, développait, à peine arrivée, une certaine tendance à distribuer de la méchanceté presque gratuite aux figures qui l'entouraient. Rien de direct, rassurez-vous. Elle se surprenait juste à souhaiter la chute d'une jeune fille qui dansait, par-ci, par-là, une asphyxie causée par un corset trop serré, un trop plein d'alcool...

*Hum, hum...*

Pause. La comtesse se demanda un instant où aller. Certainement pas avec les drôles à sa gauche, ni même avec les louches à sa droite, plutôt devant pour arpenter l'allée centrale... La voilà qui repartait, frôlant des doigts l'un des deux piliers entre lesquels elle s'apprêtait à passer. Pourtant, toute sa main s'y colla, alors que ses yeux se posaient sur un singulier spectacle. Brunilde étira le cou, les sourcils haussés d'étonnement. Ce qu'elle venait de voir ? Une femme en train d'extirper un homme d'une haie. Il y avait une jeune fille aussi. C'était tout ce qui lui était donné d'apercevoir, elle ne pouvait rien entendre au vu de la distance. Alors, elle patienta, une moue se dessinant progressivement sur son visage. Une telle scène... Ce n'était pas courant. Et puis que faisaient-ils, d'abord ? Un hoquet lui échappa lorsque l'homme se mit en équilibre sur un pied, juste devant la jeune fille.
Brunilde se plut à imaginer l'intriguant personnage avec une caroncule, lui donnant ainsi l'air d'un coq en train de faire la cour à ces poules. Cette image l'amusa, et elle se décida enfin à s'engager vers la petite troupe. S'approchant, elle eut tôt fait de remarquer la sympathique coiffure de l'homme, pourvue de quelques ornements ici et là, tout en feuilles et en branches. Ses deux accompagnatrices, elles, étaient bien plus présentables.
La comtesse s'inclina, un micro sourire aux lèvres :


« Mesdames... Monsieur... Je m'égarais dans le jardin lorsque je vous ai aperçus, et j'avoue m'être demandé..., elle fit mine de fixer l'homme dans les yeux, alors qu'elle était en fait captivée par un morceau de branche au-dessus de son oreille, puis descendit son regard jusqu'au sol, où reposait son seul appui, ... Ce que vous faisiez sur un pied ? »


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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Lun 13 Aoû - 12:55

Donatella cligna des yeux, les lèvres arrondies en un petit "o" parfait.

"Jeté dedans ? Mais pourquoi ? Ce n'est pas agréable de se retrouver emmêlé dans un buisson..." demanda-t-elle interloquée.

Peut-être que le gentilhomme ne voulait tout simplement pas avouer qu'il avait eu peur du chat, ça se comprenait aussi. A la question de Iago, la jeune baronne hocha affirmativement la tête.


"Oui, en voulant enlever toute seule ma chaussure parce que j'avais un caillou qui s'était douloureusement glissé dedans... mais j'ai été déséquilibrée et je suis tombée dans le buisson." expliqua-t-elle de nouveau à Iago puisqu'il semblait ne pas avoir compris la première fois.

"Oui, c'est à cause de la grande robe, les hommes n'ont pas ce problème. Et ce n'est pas amusant d'avoir des branches partout dans les vêtements, c'est pourquoi je m'étonne que vous vous y soyiez jeté de votre plein gré."

L'instant suivant, degli Albizzi faisait la démonstration de ses capacités d'équilibre sur un pied, laissant la jeune fille et sa chaperonne muettes, non pas d'admiration mais d'interrogation. Non décidément ce gentilhomme était vraiment spécial, mais il était courageux aussi, car il n'avait visiblement pas peur du regard des autres car il était évident qu'il risquait d'attirer l'attention.

D'ailleurs, il ne fallut pas longtemps pour qu'une dame qu'elle ne connaissait pas les rejoigne. Donatella la salua d'un sourire et écouta sa question avant de se permettre de lui répondre avant l'intéressé.


"Et bien, je crois avoir compris que monsieur degli Albizzi nous démontrait combien il est plus facile pour un homme de garder l'équilibre car les hommes ne portent pas de grandes robes encombrantes. Cela dit, cela ne l'a pas empêché de se retrouver dans un buisson tout comme moi, même s'il assure s'y être jeté en tout connaissance de cause."

Trouvant son résumé satisfaisant, Donatella déplia son éventail et s'éventa énergiquement pour essayer de récupérer l'air que lui prenait son corset.
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Ariela Accorti
Comtesse
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 15 Aoû - 13:00

[Le Caffe Florian, via la maison d'Ariela Accorti]

Après avoir quitté le caffe et la jeune Visonti, qu'elle comptait bien avoir perturbé assez pour qu'elle puisse servir ses projets -ce en quoi elle se trompait très probablement, d'ailleurs, mais elle ne s'en doutait pas un instant- la comtesse était rentrée chez elle. Un peu de pomponnage soigné, un travail minutieux pour recomposer un visage le plus séduisant et frais possible sans que le maquillage soit plus que soupçonnable, un chignon bas refait et dont elle avait sorti expréssément quelques fines mèches folles, une nouvelle robe plus adaptée à la danse et qui révélait pudiquement le galbe de son épaule gauche et la naissance des seins. Comme à son habitude, elle s'était habillée seule, détestant tout particulièrement qu'une autre puisse faire quelque chose qui ne lui conviendrait pas parfaitement. Les servantes étaient si empotées.

Elle rejoignit le Castello avec une certaine hâte. La soirée pouvait s'avérer des plus intéressantes, même si elle ne savait pas exactement ce qui l'y attendrait. Un beau saltimbanque, peut-être. Une petite idiote dont on pourrait s'amuser. ou un couple de libertins insupportables. Ou quoi d'autre?

Un homme dressé sur un pied, par exemple. Tiens donc, voilà qui était original. Et, diable, la baronne était à ses côtés. Une autre dame venait de se joindre à eux, et Ariela, s'approchant, put entendre la dernière réplique de la jeune Visconti. C'était pour le moins folklorique. Voilà un individu qui ne manquait pas de piment à défaut probablement d'avoir un esprit convenablement agencé. Le trio était en tout cas suffisamment intéressant -car après tout, elle pourrait voir la tête que tirerait la baronne en la croisant de nouveau- pour que la comtesse s'immisçât dans la conversation.


"Il semblerait, ma chère baronne, que votre ami aime la nature. Quel mal y-a-t-il à se jeter passionément dans un bosquet? Cela est certes original, je vous l'accorde, mais point beaucoup plus que de se tenir sur un pied en plein milieu de l'allée centrale des jardins. Il est toujours bon de rencontrer des hommes qui ne se gênent aucunement pour afficher leurs excentricités, c'est rafraîchissant."

Ariela s'était avancée jusqu'au petit groupe, un sourire innocent aux lèvres. Elle s'était rangée près de la jeune femme inconnue, préférant observer surtout la baronne et l'individu amusant.

"Veuillez excuser mon intrusion soudaine dans votre conversation. Je comprends donc que monsieur s'appelle Degli Albizzi. Et je crois, Madame, ne pas avoir l'honneur de connaître votre nom ? Je me présente pour vous deux, Comtesse Ariela Accorti."

Maintenant, attendre, observer. Surtout l'homme bizarre.
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Iago degli Albizzi
Gentilhomme - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 15 Aoû - 19:34

Et voilà. Dès qu'il parlait avec Donatella, il y avait quelque chose de bizarre. C'était à la fois rassurant, parce qu'on restait dans des vérités simples et tangibles, et à la fois très angoissant, parce que malgré cela, la conversation était une suite de malentendus à répétition.

Iago n'eut pas le temps de réfléchir plus à la question, parce qu'à ce moment là (horreur !) une autre femme arriva. Puis comble de l'horreur, une seconde apparut.

Il était cerné.
En plus la première arrivante le regardait bizarrement, fixant son oreille. Une femme qui fixe l'oreille d'un homme, cela peut être très dangereux. Surtout qu'elle ne le fixait pas d'un air dégoûté, c'est tout à fat naturel d'être dégoûté par les oreilles, quoi de plus laid que ce petit bout de chair qui dépasse, mais elle avait un air fasciné. Et cela était dangereux, très dangereux.
Pour ne rien arranger, la seconde dame était bizarre et semblait le regarder aussi.

Iago réalisa qu'il avait toujours un pied et l'air, et le reposa dignement. La stupeur dans laquelle le plongeait les conversations avec la jeune baronne avait tendance à lui faire perdre ses moyens et à entraîner des gestes quelque peu inconsidérés. Mais avec deux représentantes de la gente féminine en plus dans la discussion, il était impératif qu'il reprenne ses esprits.

Les explications de Donatella avaient été très justes, celle de la seconde dame beaucoup moins.
Les présentations, Iago les ignora. Il n'y avait rien de plus insupportable que les gens qui passent leur temps à se vautrer dans les présentations.


"En fait, je déteste la nature. Mon envie de me jeter dans les buissons tient bien plus du besoin irrépressible de fuir mes soi-disant semblables que de communier avec la nature.
Et mon comportement n'a rien à voir avec des excentricités, c'est un art de vivre. Je ne vois pas pourquoi je devrais retenir certains gestes sous prétexte qu'ils pourraient surprendre ou choquer le commun des mortels qui nous entoure. Je ne suis pas responsable de l'étroitesse d'esprit des gens qui, malheureusement, respirent le même air que nous."

Tout en parlant, Iago avait continué de regarder cette deuxième femme, et il ne pouvait empêcher la montée d'un sentiment désagréable en lui. Pourquoi arborait-elle un air innocent alors qu'elle parlait comme si elle connaissait tout du monde ? Elle qualifiait son comportement de "rafraîchissant"...
Donatella avait l'air d'une dinde, mais elle parlait aussi comme une dinde. Il y avait un tout honnête. (Là, un petit coin du cerveau de Iago lui disait qu'elle pouvait tout de même être un monstre par derrière tout ça, parce que toutes les femmes ont tendance à être des monstres, mais il préférait ne pas trop s'attarder sur ce genre de considérations pour l'instant.)

La Comtesse Acorti n'était pas pareille. Il y avait une fissure quelque part. Et Iago détestait les gens qui n'étaient pas entiers.
Immanquablement, l'image d'une fouine qui tente de se faire passer pour un charmant petit animal mais égorge les poules dans la joie et la bonne humeur s'imprimait dans son esprit par dessus le visage de la jeune femme.

Il pencha un peu la tête vers Donatella et murmura :


"Vous pensez qu'elle a quel âge, la comtesse ? Vous trouvez pas qu'elle a l'air vieille ?"

Maintenant que son murmure puisse être entendu par les deux autres femmes, il n'en avait aucune idée et s'en fichait assez d'ailleurs.
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Jeu 16 Aoû - 4:42

[Ca'Adorasti - Salle de Bal]

Il était plutot beau ce bal. Assez bien agencé, déjà fort peuplé... Le principal problème c'était que, bientot, il allait surement être difficile de s'entendre parler. Mais pour le moment, on pouvait encore discerner les voix et les sons sans trop de peine, et pendant quelques minutes, on pouvait parfois se laisser aller à écouter les conversations d'un groupe voisin.
C'était presque amusant comme occupation. Tiberio et son collègue d'infortune l'avait fait pendant quelques temps. Enfin, surtout Tiberio, qui menait la barque avec entrain, n'arrétant de géner les conversations des autres que pour se ravitailler en vin.
En fait, c'était même véritablement amusant comme occupation. En quelques minutes seulement, le cousin du prince Adorasti avait réussi à faire rougir deux moustachus, un homme à monocle, et même une moustachue. Ce qui pouvait signifier que les personnes présentes à ce bal étaient en très grande majorité extrêmement à cheval sur la politesse, ou que notre Adorasti local était particulièrement en forme. Ou particulièrement ivre. Surement un peu des deux. Beaucoup des deux.

Tellement ivre qu'il ne se rappelait plus tellement comment il était arrivé là. Un peu plus tot, il avait parlé avec sa tante... avait trop bu.. ça il s'en souvenait. Demetrio l'avait ensuite trainé au cabinet de toilettes. Tiberio n'avait pas vomi. Il se sentait bien, et n'éprouvait en aucun cas le besoin de faire disparaitre l'alcool de son système digestif et sanguin. Quand il lui faudrait aller vomir, il le saurait, et se débrouillerait tout seul. Il n'avait pas besoin qu'on lui tienne la main. Il était descendant d'une grande famille, lui. Quelques siècles auparavant on aurait tranché la tête d'un homme s'il avait osé ainsi manquer de respect à un noble.
Mais ça, c'était la Belle Epoque, et ces temps là étaient révolus désormais.
Tiberio soupira, et se sentit soudain las de ce jeu. Ca n'était plus amusant maintenant qu'il avait eu une pensée aussi déprimante. Il préféra se focaliser de nouveau sur comment il avait pu faire le trajet entre la Ca'Adorasti et le Castello. Peut être... en bateau? Surement, oui. Ca devait être ça. Ou alors à pieds.

Mais alors qu'il venait à peine de se lancer dans cette reconstitution de souvenirs fort difficile, le brave noble dut s'interrompre. Un son avait attiré son attention. Quelque part, au fond de son cerveau confit par l'alcool, un neurone encore sobre avait réussi à isoler quelques morceaux de phrases, prononcés par un homme situé à seulement quelques mètres.
Et ces morceaux de phrases avaient de quoi vous réveiller le cerveau. Ce groupe là, Tiberio se devait d'aller y faire un tour. Des discours philosophiques sur la vie, la mort, et le fait qu'on peut se rire de chacune des deux? Prévisions? Avec un peu de chance, on pouvait au moins espérer un rougissement ou un accès de colère dès les premières piques lancées.

"Hahahaha!"
Frappant dans ses mains, le cousin du Prince commença à s'approcher. Dès qu'ils avaient commencé à se retourner dans sa direction, Tiberio avait transformé son rictus de satisfaction pré-satisfactionnelle en un rire guttural.

"Excusez moi, je n'ai pas pu m'empecher d'entendre quelques bribes de votre conversation."
Après avoir ricané encore un peu et étudié le visage des membres de son auditoire du moment, l'espiègle Tibère s'était réhydraté un peu le gosier, finissant son verre.
"Parfaitement... Fascinant."
Avec un grand sourire, il effectua une révérence, avant de se redresser, de poser son verre, et leur annoncer :
"Je me présente : Massimo Scherza, enchanté. Et vous monsieur.. vous devez être le Baron di Banalità, non? J'ai beaucoup entendu parler de vous, c'est un plaisir d'enfin vous rencontrer. Guhuhuhu...
Mais je dois vous avouer quelque chose Baron, vous êtes bien souvent imité par ici. J'ai l'impression que, où que j'aille dans le monde, ce sont vos mots qui s'échappent par la bouche de mes interlocuteurs. Tous, la même rengaine. "Je n'ai peur de rien". "La vie ne me fait pas peur, et la mort, encore moins". "Je ricane quand j'entend votre opinion sur moi, car sur Terre, la seule opinion qui puisse m'importer, c'est la mienne".
C'est d'un lassant... C'est d'un lassant Baron.. Vous ne pouvez l'imaginer. Enfin.. Si, peut être, mais.. vous savez, quand on est celui qui prononce les platitudes, ça n'est pas pareil que d'être celui qui doit les entendre à longueur de journée. Celui qui écoute souffre beaucoup plus. Beauuucoup plus."
Un instant, Tiberio fit silence. Il ferma les yeux une seconde, et laissa exploser tout ses éclats de rire dans un coin vide de son esprit, évitant ainsi qu'ils ne soient projetés dans le visage de ses interlocuteurs.
"Je vous comprend, vous êtes ici, à un Bal, vous n'avez d'ailleurs peut être pas l'habitude, et, le pire dans tout ça, c'est que vous êtes accompagné par trois ravissantes dames. Forcément, tout cela à assimiler en une seule fois, c'est intimidant."
Une fois de plus, il s'accorda un temps de répit afin de contenir, avec difficulté, ses gloussements. Il entreprit aussi de se mettre à marcher, lentement, dessinant au sol un réctangle d'environ 4 mètres par 3.
"Alors vous fanfaronnez, vous vous donnez une image."
Faisant claquer ses talons, le taquin Tibère fit demi tour, et se figea face au fameux Baron, lui adressant un regard des plus sérieux, mais un sourire bien plus révélateur quand au véritable état d'esprit du boute-en-train de sang princier.
"Mais cette image monsieur, elle sonne faux. Les gens préféreront que vous leur parliez sincérement, avec votre coeur (annonça-t-il en plaçant un poing fermé sur ledit coeur), plutot que vous leur ressassiez ces discours si courants.
Et de toute façon, vous pouvez être à peu près certain qu'à part moi, personne n'à écouté votre exposé."

Tiberio Adorasti aimait les bals.
Il les aimait presqu'autant qu'on aime une femme.
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Demetrio Catanei
Musicien
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Ven 17 Aoû - 3:01

[Ca'Adorasti - La Salle de Bal]

Le sens de l’orientation, comme celui de la conversation, avait toujours fait cruellement défaut à Demetrio, qui n’avait jamais autant regretté de ne pouvoir distinguer le nord du sud et l’est de l’ouest. Ce qui ne devait être qu’un trajet vers les commodités s’était bien vite transformé en chasse aux trésors à travers la Ca’Adorasti et ses corridors tous semblables. Après un détour aux communs et à la bibliothèque, ils s’étaient infiltrés dans la suite d’un hôte inconnu, empruntant temporairement son cabinet pour permettre à Tiberio Adorasti d’expulser son trop-plein d’alcool. La dite expulsion ne survint jamais, en dépit des encouragements du musicien, demeuré près de la porte. Ils revinrent donc sur leurs pas, bredouilles, passant par le grand salon cette fois et de nouveau par les communs, et réussirent à aboutir au grand hall. Jugeant que l’air frais jouerait le même rôle qu’une visite aux lieux d’aisance, le musicien conduisit son compagnon au dehors du palais, maintenant une distance respectable avec lui, de peur de recevoir quelque épanchement gastrique.

Sans doute aurait-il été préférable qu’ils demeurent au sein de la demeure de l’illustre famille Adorasti, puisque le cousin du Prince fut saisi par une nouvelle lubie, possiblement inspirée par les fêtards se rendant au Castello. Le violoniste fut ainsi entraîné, bien contre son gré, jusqu’au bal populaire, le genre de réjouissances qu’il évitait de coutume comme la peste. Seule la perspective d’abandonner le neveu du Prince Andrea complètement gris et qu’on repêche ce dernier, le lendemain, noyé dans le canal l’empêcha de rebrousser chemin et retrouver sa chambre, Calle Bardini.

Le jardin du Castello avait été aménagé pour les festivités, mais Demetrio n’eut pas le loisir d’admirer ces installations très longtemps, car il lui fallut bientôt distribuer des excuses dans le sillage de son nouveau mécène, qui s’immisçait dans chaque conversation sans faire grand cas des règles de politesse. Gagné par le découragement après avoir essuyé plusieurs invectives, d’abord destinées à son compère, il finit par accepter le verre qu’on lui tendait, espérant que le vin saurait lui insuffler quelque courage. Le premier verre fut suivi d’un second, succédé par un troisième et un quatrième et un cinquième...

N’étant pas doté d’une constitution particulièrement résistante à l’alcool, le jeune homme fut rapidement envahi par une bienheureuse ivresse, se sentant prêt à affronter Père en combat singulier. En vérité, il se sentait si puissant, si redoutable et terrible qu’il aurait pu se mesurer à quiconque viendrait lui chercher noise. Même sa taille ne lui paraissait plus comme un défaut, mais bien un avantage dont il pourrait tirer profit. Son point de vue sur le monde n’était-il pas imprenable? Il s’élevait au-dessus de la mêlée, la surplombait, la dominait. Mmh, oui, la dominait. Comme Père. Mieux que Père.

Tout ragaillardi, il rejoignit en titubant l’homme sur qu’il veillait, le sol dansant sous ses pieds, et dut s’appuyer contre son épaule pour ne pas s’affaler tout à fait.

« Parfaitement... Fascinant.… monsieur.. vous devez être le Baron di… où que j'aille dans le monde, ce sont vos mots… me fait pas peur, et la mort, encore moins… C'est d'un lassant Baron… souffre beaucoup plus. Beauuucoup plus… vous êtes accompagné par trois ravissantes dames… vous vous donnez une image… Les gens préféreront que vous leur parliez sincérement, avec votre cœur… »

Les propos échangés ne parvenaient à ses oreilles que par bribes, formant un tout à peu près cohérent. Une partie de son esprit était occupée à percevoir toutes ces sensations divinement exacerbées… ou bien étaient-elles déformées? Les couleurs, les bruits, la consistance même de l’épaule de l’orateur, tout lui semblait merveilleusement différent, à la fois placé à distance et incroyablement proche. Ainsi donc, dans la condition où il se trouvait, tout ce qu’il pouvait retenir de l’homélie philosophique, c’était que le baron – encore lui, comme il pouvait détester le baron – se montrait encore de cette hauteur insupportable et que – outrage suprême – il paraissait encore au bras d’autres femmes, sans se soucier – pourquoi l’aurait-il fait? – de ce que pouvait bien ressentir son entourage.

Mais Tiberio Adorasti, son protecteur, son mécène, son héros, osait se dresser au devant de l’infâme et le pousser au bas de son piédestal, chose que Demetrio n’avait jamais osé jusqu’alors. Cet acte lui parut d’une telle bravoure qu’il brisa le silence interloqué qui avait suivi l’allocution du cousin Adorasti en applaudissant à tout rompre. Il releva un regard chargé de défi sur leur petite assemblée, dénotant péniblement qu’il était en présence de la Comtesse Accorti, la Baronne Visconti et une troisième dame à qu'il n'avait pas songé s'introduire, et se redressa du mieux qu’il le put pour imiter l’audace de son compagnon. Il était d’humeur à s’opposer à la Terre entière et ce, avec le plus grand naturel, car n’allait-il pas de soi qu’il appuie publiquement son cher camarade, son frère d’armes?

« Monsieur a farpaitement raison et j’ajouterais même que vous êtes un… un lâche, baron, que de vous dissimuler ainsi derrière ce masque de supériorité… ce masque ridicule qui n’est rien d’autre qu’une preuve de votre vanité… mais sachez que vous ne vous pourrez échapper éternellement à v… votre châtiment, et que les cœurs vides et égoïstes comme le vôtre seront pu… punis, comme il se doit, par des gens de… des gens justes et droits, comme Monsieur ci-présent, et… et… je jure devant Dieu de défendre l’honneur de Monsieur, Monsieur mon ami, si vous… vos osez vous en prendre à lui! »
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Brunilde Gurrieri
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Lun 20 Aoû - 0:07

Le singulier personnage reposa son second pied à terre et Brunilde cligna des yeux au même instant. Elle en profita pour accorder son attention à la première jeune femme, celle qui lui avait expliqué le numéro d'équilibriste de monsieur degli Albizzi, tel qu'elle l'avait appelé. La comtesse ne releva pas tout de suite l'arrivée de la troisième femme, remerciant d'abord vaguement celle qui l'avait éclairée, pour ensuite maudire les robes encombrantes mentionnées. Il lui arrivait souvent de pester contre celles-ci, sans pour autant refuser de les porter, permettant l'accomplissement d'épisodes épiques tels que la montée/descente en barque, ou encore les pas de danse compliqués lors des bals comme celui-ci. Bah... "Le ridicule ne tue pas", comme qui dirait.
Légèrement léthargique, elle ne put vraiment se focaliser sur les paroles de la nouvelle arrivante, et ce ne fut que lorsque celle-ci s'arrêta auprès d'elle que la comtesse Gurrieri daigna noter sa présence. Elle aurait mis un certain temps.


« Euh... »

Un sourire, il fallait maintenant faire l'honneur à cette dame de connaître son nom, pour ainsi reprendre ses mots :

« Comtesse Brunilde Gurrieri, enchantée. »

Puis elle fronça les sourcils, pensant que se perdre dans de stupides pensées ne la réussirait pas lors d'un tel événement. Mais... Cela ne semblait pas être une tâche facile, lorsque l'on s'entourait d'une personne qui parlait de se jeter dans un buisson pour fuir ses semblables. Une mesure désespérée, sans doute. Il continua. Brunilde se sentit alors bien plus intéressée, même si ce second flot de paroles lui déchira les oreilles. Il prétendait se moquer de ce que son comportement pouvait susciter chez autrui, charmant, mais généralement faux. Pourtant, tout portait à croire qu'il disait vrai, et même si elle arborait une mine incrédule en l'observant, elle souriait intérieurement. Un art de vivre. Brunilde ne pouvait pas en dire autant d'elle. Longtemps elle avait entreprit de choquer son entourage par une attitude déplacée, son mari, à plusieurs reprises l'avait vivement rabrouée. Longtemps, oui, si bien qu'elle s'était imprégnée de ces mauvaises manières au point d'avoir du mal à s'en débarrasser aujourd'hui. Encore fallait-il le vouloir.

Finalement, la comtesse toussa faiblement, elle crispa nerveusement ses doigts emmêlés à l'intérieur de son manchon et se mordit la lèvre inférieure. Elle venait d'entendre la dernière remarque de Iago et déduit, à la direction de son regard, que celle-ci était adressée non pas à elle, mais à la comtesse Accorti. Elle se mordit plus fort. Pourquoi ? Parce que si l'intéressée avait également entendu, il serait fort irrespectueux de se tourner vers elle et de la dévisager pour vérifier les dires de monsieur degli Albizzi. Et pourtant, Dieu seul savait combien Brunilde en avait envie ! Soit, la jeune femme ne tint plus, elle se tourna vers Ariela, un peu trop brusquement peut-être et rougit violemment en constatant qu'elle avait tout sauf la figure d'une vieille.


*Ah ! Je le savais qu'il racontait des bêtises !*

Brunilde bafouilla, elle ne savait plus où se mettre, ni où regarder, tant que cela ne se passait pas sur le visage de la dame Accorti. Mais elle ne put s'en soucier davantage qu'elle sursautait à l'arrivée d'un autre monsieur. Il avait frappé dans ses mains, le geste s'accompagnant d'un puissant rire et d'une forte odeur d'alcool. La comtesse se raffermit, d'autant plus qu'un autre se joignait au groupe. Il semblait d'ailleurs tout aussi ivre que son compère et tint, toujours à l'image de ce dernier, un discours très étrange.
Souriante, Brunilde se tourna vers Donatella et lui fit doucement remarquer :


« Là, madame. Vous disiez qu'il était plus facile pour un homme de garder l'équilibre, mais compte tenu de leur état, je ne donne pas cher de l'équilibre de ces deux-là. »

Amusée, elle profita en silence de la pièce de théâtre qui s'offrait à elle, ne semblant plus s'inquiéter de sa bourde envers la comtesse Accorti.


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Donatella Visconti
Baronne - Ca'Grazziano
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 22 Aoû - 17:24

Lorsqu'une nouvelle voix féminine s'immisça dans la conversation, Donatella se tourna vers la nouvelle arrivante. A la vue de la comtesse Accorti, la jeune baronne ouvrit la bouche, puis la referma avant de se renfrogner. Le souvenir du baiser volé était encore bien trop frais dans sa mémoire pour que la rancune se soit dissipée. De plus Ariela s'adressait directement à elle et Donatella crut lui voir un air amusé lorsqu'elle l'appela "ma chère baronne".

"Question excentricité, ma chère comtesse, il me semble que vous ne laissez pas votre part non plus." répliqua-t-elle en lui lançant un regard noir.

Puis se rendant compte que les autres personnes dans la conversation pouvaient lui demander des précisions sur ses dires et qu'il serait alors très gênant de le leur expliquer, Donatella se renfrogna un peu plus et ses jours prirent une teinte cramoisie.

Heureusement Iago prit la parole et expliqua lui-même son geste... explication qui fut tout à fait étrange tout de même.


"Mais alors, si vous détestez la nature autant que les gens... pourquoi ne pas vous jeter sur les gens pour fuir la nature et éviter les buissons ?" demanda-t-elle avec simple curiosité.

"...pourquoi je devrais retenir certains gestes sous prétexte qu'ils pourraient surprendre ou choquer..."

A cette phrase, la jeune baronne lança de nouveau un regard vers Ariela et murmura pour elle-même.

"Et bien vous devriez vous entendre avec la comtesse alors..."

Donatella fut tirée de sa réflexion justement par Iago qui lui posait une question sur la comtesse. La jeune fille haussa les épaules en dévisageant Ariela pour essayer de répondre correctement à la question posée, contrairement à Brunilde qui hésitait à tourner son regard vers la jeune femme.

"Oh plus que moi ça c'est sûr.. je dirai entre 25 et 30 peut-être...." proposa-t-elle sans se rendre compte que leur échange était très impoli.

Les considérations sur l'âge de la comtesse furent coupées par l'arrivée d'un homme complètement saoul. Il titubait, riait fort et faisait peur à voir. Donatella recula un peu, de façon à se mettre à l’abri entre Degli Albizzi et sa gouvernante. Heureusement, elle ne connaissait pas ce Massimo Scherza.

La jeune baronne se mit alors sur la pointe des pieds pour pouvoir murmurer à l'oreille de Iago une banalité qu'il avait très certainement, comme tout le monde, également constatée.


"Il est tellement saoul qu'il vous prend pour quelqu'un d'autre..."

Mais c'était sans compter l'arrivée d'encore une nouvelle personne. Mais cette fois-ci, cette personne n'était pas inconnue de Donatella.

"Monsieur Catanei !" s'exclama-t-elle, toute surprise de le voir dans le même état que l'autre homme.

Si voir un inconnu ivre lui était (presque) égal, cela lui semblait nettement plus étrange lorsqu'elle connaissait la personne et qu'en plus elle savait cette personne timide et réservé dans son état normal.

Bien que la situation soit gênante et peu agréable compte tenu que leur groupe était formé d'un homme étrange, d'une comtesse qui aimait les femmes, d'une autre comtesse qui ne parlait pas beaucoup et de deux hommes ivres, Donatella sentit une grosse envie de rire devant la remarque de Brunilde concernant l'équilibre. Voulant retenir son rire, elle pinça les lèvres en souriant, ce qui fit au total bien plus de bruit quand son rire voulut malgré tout franchir ses lèvres.


(Tour de post sur ce sujet : Donatella, Ariela, Iago, Tiberio, Demetrio, Brunilde)
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Ariela Accorti
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Jeu 23 Aoû - 1:27

Ha. La baronne n’était pas encore mûre, visiblement. C’avait peut-être été une erreur de réapparaître si tôt, mais la curiosité que le sieur Degli Albizzi avait éveillé en elle l’avait un peu précipitée. Peu importait. La Visconti était un être malléable, et rien n’était perdu. Ariela cilla légèrement façe au regard noir de sa cadette, mais répondit d’un ton doux, très légèrement peiné. En réalité, elle était plutôt surprise qu’elle ait le cran, ou plutôt la stupidité, de l’attaquer ainsi de front sur un sujet plutôt litigieux, car bien sûr Ariela n’ignorait pas le sens des paroles qui venaient de lui être adressées.

« Vous dites juste, mademoiselle Visconti, mais en quoi cela me contredit-il ? Voulez-vous que je reformule la pensée qui vous a choquée ? Je l’ai dit, et je le réaffirme, j’apprécie plus aisément ce qui n’entre pas forcément dans le carcan du parfait courtisan. Les artistes, les jeunes innocentes au cœur pur, les excentriques. Y-at-il là de quoi se piquer ? »

Iago répondit à elles deux, sans préambules. Qu’importe. Son discours était amusant. Ce genre de personnes imbues d’elles-mêmes et forcément susceptibles, un peu sottes mais pas dénuées d’esprit. Celui-là faisait un peu bouffon, c’était tant mieux. Oui, il lui plaisait bien. Holà, pas physiquement, loin de là, même s’il n’était pas laid. Mais un esprit un peu tordu était toujours le bienvenu. Du moment qu’il ne s’agissait pas de créatures aussi néfastes et décadentes que Scaligieri.

« Mais un art de vivre, cher monsieur, s’il n’est pas celui du vénitien classique, votre soi-disant semblable, n’est-il pas déjà une excentricité ? La Sérénissime a ceci de pervers que sous couvert du masque, tout homme peut laisser parler ses penchants fantaisistes, ses vraies idées de l’art de vivre sans retenue, dans l’excès. Dès qu’il retourne parmi les siens, il se croit obligé de leur ressembler trait pour trait. Pour eux tous, un autre comportement n’est qu’excentricité. J’utilise le même terme, en effet, mais pour moi, il n’a rien de péjoratif. Choquez donc, ce n’est pas moi qui viendrais vous faire des reproches. »

A peine eut elle prononcé ces mots que Iago et Donatella les lui firent regretter. Ah, la… La saleté. Vingt cinq, trente ans. Non mais, et puis quoi encore ? La barbe de grand-mère, le pied bot, le dos voûté, les seins flasques, le cul mou ? Garce. Ariela avait beau se moquer des gens susceptibles, elle n’était pas mieux qu’eux, et se révélait particulièrement sensible aux remarques sur son physique. Bien évidemment, contrairement aux autres, elle, était dans son bon droit.

Bien sûr, avec tant de gens autour, l’idée persistante de se servir de Donatella, l’intérêt pour l’étrange bonhomme auquel elle pardonnait plus aisément d’avoir posé la question qu’à la baronne d’y avoir répondu aussi bassement, et ce qu’elle venait de dire, il n’était pas question de faire de l’éclat. S’adressant à la baronne en soutenant son regard sans pudeur, elle répliqua d’un ton sourd, ne pouvant empêcher ses yeux de laisser voir une petite de colère -mais relativement peu comparé à l’envie de punir cette gourdasse qui couvait en elle.


« Vous pourriez m’offenser, mademoiselle Visconti. Mais j’aime bien que l’on me prête plus de maturité que ce que mon âge induit. Je vous pardonne donc. »

Le sourire qui conclut la tirade fut plus sincère. Le bouillonnement se calmait. Après tout, Donatella n’était qu’une petite sotte, il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’un esprit bien plus développé que le sien lui fasse l’effet d’une grande expérience de la vie. Mais il n’y avait pas besoin d’être très âgée pour avoir plus vécu qu’une petite fille éternelle coincée dans les jupes de maman. Son premier amant l’avait transformée en femme bien plus tôt qu’il n’était de mise.

Mais voilà que survenait un hurluberlu, à priori passablement ivre. Qui s’imposa dans la discution sans gêne aucune, s’en prenant directement à Iago. Le trublion se fendit d’une tirade particulièrement savoureuse et passablement juste. Cependant, il se trompait sur un point. Ariela pensait qu’Iago parlait avec son cœur. Même si c’était un stéréotype de comportement, comme l’en accusait cet étrange personnage, Delgi Albizzi devait en être intimement persuadé et sincère. Du moins, c’était ce qu’il lui semblait. Et puis, le « ravissantes dames » faisait tout de même plaisir, après ce qu’elle avait entendu.

Et puis, un deuxième monsieur ivre. Et là, c’était l’effarement. Ariela se trouva aussi surprise que Donatella. Elle connaissait assez bien Demetrio pour savoir qu’il n’était pas très porté sur l’alcool. Et voilà qu’il jouait aux héros, lui, le frêle musicien, le timide, le fragile. Ce n’était pas très beau à voir. Et très ennuyeux. C’était à dire que Demetrio faisait partie des personnes qui méritaient un peu de respect, en temps normal. Et que, tant qu’à faire, elle préférait qu’il ne se ridiculise pas trop ce soir. Elle s’adressa à l’autre individu, qui avait l’air moins complètement flambé à l’alcool :


« Monsieur… Scherza. Votre petit discours fut des plus charmants, là n’est pas la question. Mais trouvez normal d’inciter ainsi à la débauche de pauvres jeunes hommes qui ne tiennent pas l’alcool comme vous-même ? Regardez donc l’état de ce pauvre monsieur Catanei. Vous devriez faire plus attention à vos compagnons. »

Elle s’approcha plus près du musicien et lui posa une main sur l’épaule.

« Nous parlions de liberté de mœurs. Mais il vaut mieux ne pas être éméché, et savoir ce que l’on dit. Vous feriez peut-être mieux d’aller vous reposer, monsieur Catanei. »
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Dim 26 Aoû - 13:44

Ce qu’il y avait de très agaçant avec les discours de Donatella, c’est qu’ils étaient idiots mais logiques. "Mais alors, si vous détestez la nature autant que les gens... pourquoi ne pas vous jeter sur les gens pour fuir la nature et éviter les buissons ?" avait-elle demandé. Et en effet, pourquoi ? Bien sûr que c’était stupide comme remarque, mais c’était logique. Terriblement logique. Iago était régulièrement plongé dans une grande perplexité lorsqu’il écoutait la jeune femme parler.

Cela explique peut-être le fait qu’il ne prêta pas tout de suite attention aux deux ivrognes qui s’étaient mis à tourner autour d’eux, ni ne comprit immédiatement qu’ils s’adressaient à lui. Il ne le réalisa que lorsque Donatella (qui s’était à moitié cachée derrière lui) lui fit gentiment remarquer que l’homme visiblement, le prenait pour un autre.


"Oui, tellement saoul qu’il oublie que je l’ai vu cette après-midi même et tellement saoul qu’il se prend lui-même pour quelqu’un d’autre…"

Et visiblement, tellement saoul qu’il ne comprenait pas grand chose à ce qui se racontait étant donné qu’il était passé avec une aisance déconcertante de "Je déteste la nature" à "La vie ne me fait pas peur, et la mort, encore moins". Ce qui était étrange parce que si on avait posé la question à Iago il aurait répondu que la vie lui fichait une peur abjecte et que la mort lui paraissait tout à fait horrible.

Une haleine chargée de vapeurs alcoolisées ainsi qu’un visage relativement désagréable à voir arrêtèrent ses tentatives de raccords logiques. Il en était à se demander comment expliquer à Tiberio Adorasti que lui-même ne semblait pas avoir écouter ses paroles, et que cela n’avait aucune importance parce qu’il n’y avait pas grand intérêt à ce que les autres entendent ce qu’il racontait, lorsque le second ivrogne se mit à renchérir.

Les paroles de Catanei furent instigatrices, chez Iago, d’un grand éclat de rire.
Un rire, mais un rire âpre et violent, joyeux et désagréable.


"Vraiment ? Tiberio Adorasti, un homme "juste et droit" ? Monsieur, vous risquez de perdre rapidement la crédibilité que vous avez si vous vous amusez à proférer régulièrement ce genre de paroles inconsidérées…
Non, vraiment. Faites attention, il n’est pas très intelligent de parler de lâcheté à se cacher derrière un masque quand la personne que vous cherchez à défendre juste après se présente elle-même sous un pseudonyme absurde. D’autant que, si j’en crois l’étonnement de ces dames qui semblent vous connaître, vous empruntez vous-même le masque de l’ivrognerie pour proférer tout haut ce qu’une lâcheté bien légitime vous empêcherait de dire dans un état plus sobre. La cohérence est un point extrêmement important d’un argumentaire, savez-vous ?

Quant à vos critiques, messieurs, je les note. Après tout, si la vérité sort de la bouche des enfants, pourquoi ne sortirait-elle pas également de celles d’ivrognes ayant visiblement perdu dans les vapeurs bachiques le maigre éclat d’intelligence qu’ils pouvaient posséder ?"

La bonne humeur tranchante qui semblait l’animer se chargea subitement d’une tonalité sourde et râpeuse alors que sa voix se faisait plus basse et amère pour continuer, sans s’interrompre, toujours nerveuse et sèche.

"D’autant que je sais que si l’humanité est pourrie, je n’en suis pas moins un spécimen. Lucide, c’est là la différence, l’immense différence, mais pas moins détritus débile."

Son regard, qui s’était troublé comme une mare vaseuse dans laquelle on donne des coups de bâton, reprit immédiatement sa pointe acérée et jubilante, sa bouche toujours tordue dans une sorte de sourire ironique.

"Donc je ne nie pas que mes paroles peuvent se laisser aller à une facilité verbale vaine.
Mais je dois de vous dire, franchement, par honnêteté, et parce que vous avez eu celle de me dire ce que vous pensiez de mes propos, qu’il y a sans doute peu de choses plus pathétiques que le comportement des donneurs de leçons incapables de récolter les fruits de leur propre enseignement.

Et je vous précise, au cas où les traîtres limbes de l’alcool ne vous auraient pas permis de comprendre ce que je vous dis, qu’il s’agit là de votre comportement à vous."
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Tiberio Adorasti
Cousin du Prince - Ca'Adorasti
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mar 28 Aoû - 23:26

"Guhuhuhu!"
Avait été le seul bruit prononcé par le lanceur de cette joute verbale savoureuse pendant la tirade de son acolyte musicien. Au fond de lui, Tiberio avait hésité à faire plus.
Il avait d'abord voulu rire, et s'était senti pris d'un profond sentiment de sympathie envers son camarade de jeu, voyant l'état dans lequel il était. Non seulement le pauvre Demetrio était plus ivre qu'un tavernier irlandais, mais il avait en plus participé avec véhémence au combat.
D'un coté, il voulait se moquer, lui expliquer avec amusement et condescendance les prochaines choses qu'il allait ressentir, et ce qu'il lui faudrait faire au cas où son estomac viendrait à lacher, mais cela aurait cruellement nuit à leur prestation.
Alors il avait fait du mieux qu'il avait pu, ne laissant sortir qu'un seul et unique gloussement.

Puis les femmes avaient parlé, et avaient reconnu le musicien.
Malgré une série d'efforts herculéens, le cousin du Prince ne put se retenir lorsque ce fut la Comtesse qui entreprit le numéro de la condescendance.


"Ha ha ha ha! Voyons, ma chère Dame, ne vous inquiétez pas outre mesure pour lui. N'oubliez pas que c'est en forgeant qu'on devient forgeron, hmm hmm.
Il ne verra peut être pas la fin du Bal, mais ce n'est pas une raison pour le priver du reste de la soirée. Nous sommes tous ici pour nous amuser, chacun à notre manière, ha ha ha!"
Le sourire de Tiberio s'effaça cependant bien vite, remplacé par un rictus dévoilant des dents serrées à l'extrême. Il laissa à son opposant du moment, sans aucun doute le plus doué depuis le début du jeu, le temps de déclamer toute sa tirade, avant de se tourner de nouveau vers la Comtesse, et de lui lancer :
"Vous voyez? De toute manière, nous ne parlons plus de liberté de moeurs. Ce n'est pas ce soir que nous apprendrons les secrets de ce cher musicien.

Quant à vous..."

Maintenant arrivait le meilleur moment. Celui ou il allait pousser l'arrogant d'en face dans la tombe qu'il s'était précédemment lui même creusée.
"Sachez que je suis loin d'être ivre à l'heure qu'il est. Sachez aussi que ce nom dont j'ai usé n'était en aucun cas un camouflage, mais plutot un trait d'esprit, désolé que vous ne l'ayez pas compris cependant."
La tension montait, Tiberio, qui savait qu'il était loin d'être ivre à cette heure ci, bien entendu, commençait à sentir ses nerfs s'activer. Maintenant, il comprenait toute l'ampleur des mots de son adversaire, et se sentait véritablement outré.
Il allait surement faire passer le jeu à une vitesse supérieure, mais ce n'était pas de bon coeur, on l'y avait forcé.

"Sachez aussi que si je vous ai appelé "Baron di Banalità", c'était d'abord pour vous ridiculiser, certes, mais aussi parce que je n'ai pas retenu votre nom lors de notre déplaisante et première rencontre.
Si nous avions eu le temps de parler un peu plus, sans doute l'aurais je retenu. Maintenant que je vous découvre dans toute votre splendeur, je dois avouer que vous dépassez largement ce que j'avais imaginé cet après midi.
Vous faites preuve d'une suffisance... irritante, pour quelqu'un qui n'est pourtant visiblement rien de plus qu'un petit homme anxieux en quête de... je ne sais quoi... seulement d'un peu d'attention surement.
Vous vous qualifiez vous même de détritus débile, et je dois admettre que j'ai l'impression que les termes sont bien choisis."

Tiberio jeta un bref coup d'oeil au musicien, et lui adressa un regard dur, alors qu'un sourire lui traversait le visage de part en part.
Se retournant vers Iago, il tira un coup sur chacun de ses gants blancs, les ajustant parfaitement à ses doigts.

"Détritus et débile à la fois.
Détritus parce que vous êtes aussi répugnant, et débile parce que vous vous ne savez pas distinguer les limites qu'on peut dépasser de temps en temps de celles dont il ne faut même pas s'approcher."

De nouveau, il se retourna.
"Bien.
Demetrio, je crois que nous avons trouvé un beau parleur. Tachons de continuer cette conversation avec un simple parleur, vous voulez bien?"
Et lorsque Tiberio se retourna cette fois ci, son poing s'envola en direction d'un nez un peu anguleux dont les courbes allaient peut être être soudainement adoucies.
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Demetrio Catanei
Musicien
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MessageSujet: Re: L'Allée Centrale   Mer 29 Aoû - 4:20

Les violons - et non le violon car ils semblaient s’être multipliés à l’intérieur du crâne de Demetrio - étaient joyeusement discordants, comme si chacun d’eux s’était lancé dans l’interprétation d’une pièce différente. Son crâne s’emplissait d’un bienheureux chaos semblable à celui d’un orchestre en train de s’accorder avant un concert ou un canon étrange qu’un musicien anarchiste aurait déréglé, en commençant à la mauvaise mesure. Cette symphonie dissonante grandissait en lui, l’éloignant de plus en plus de sa réalité immédiate pour l’absorber dans un songe éveillé aux possibilités mille fois plus vastes. Son seul point d’ancrage sur Terre était ses deux pieds et encore, ceux-ci pourraient le trahir à chaque instant, tant il semblait que le sol tanguait sous lui.

Des sonorités qu’il n’avait jamais pu imaginer auparavant se présentaient soudainement à lui, ses pensées s’entrechoquant dans son esprit, trop rapides ou trop floues pour être identifiées ou, au contraire, si lentes qu’elles se perdaient en cours de route dans les méandres de sa psyché. Tout à coup, des solutions à ses angoisses les plus profondes lui sautaient aux yeux et il s’étonnait de ne pas avoir réfléchi plus tôt à une façon aussi aisée de les régler. Dans ce nouveau monde merveilleusement abstrait, tout était d’une simplicité enfantine, chaque élément s’emboîtait logiquement, occupait une place définie, s’inscrivait parfaitement dans l’ordre des choses… et tout ça, grâce à lui, chef d’orchestre génial de l’ensemble universel.

Préoccupé par ses réformes et ses travaux de reconstruction, il ne prêta pas réellement attention au drame se profilant à l’horizon. Il adressa un hochement de tête à la comtesse Gurrieri et un petit salut de la main à la baronne Visconti, sourit béatement à la comtesse Accorti, ne cherchant ni à se soustraire, ni à réclamer plus de ses délicatesses et dévisagea le baron di Banalita sans vraiment le voir.

Il fallut que Tiberio Adorasti se retourne vers lui et lui lance un regard de connivence, accompagné d’un sourire tout aussi entendu, pour que Demetrio reprenne conscience de ce qui l’entourait. Avant cette prise de conscience, toutefois, il s’arrêta sur ce regard et ce sourire dont il avait été si rarement gratifié. Un instant, il y avait eu – du moins, lui avait-il semblé – une complicité entre le cousin du Prince et lui. On l’avait inclus dans le jeu, inconsciemment ou pas, on lui avait tendu la main et ce fut en toute confiance qu’il la saisit, acceptant d’être pris à témoin du prochain acte d’éclat de son compagnon et s’engageant même à y participer.

Le bal, les rires, les lumières, le vin, le bruit, la danse, les beaux atours, les petites gens, les chapiteaux, le mouvement, la foule… Le monde, mis en sourdine pour l’espace de quelques instants, le frappa de plein fouet, en même temps que le poing de Tiberio contre le nez du pseudo-baron. Un peu déstabilisé après avoir aspiré cet ensemble de perceptions et de sensations d’un coup, il recula d’un pas, une expression de stupeur se peignant sur ses traits. Puis, il s’abandonna au sourire qu’il sentait poindre à la commissure de ses lèvres fines, un rictus qui paraissait à la fois familier et étranger à son visage mince.

S’avançant à son tour, il décocha un coup de poing à la mâchoire de leur opposant commun. L’impact de ses jointures contre l’os lui parut délicieusement concret, incroyablement libérateur et il voulut recommencer sur le champ. Cependant, il crut bon de faire part de ce sentiment à l’homme qui lui avait permis de s’émanciper et, lui adressant un sourire éclatant, il lança d’un ton enjoué :


« Le moins qu’on puisse dire est que vous sachez asséner vos arguments-chocs avec justesse, Monsieur. »

Se remémorant, possiblement avec un temps de retard, qu’ils se trouvaient en présence de dames, il écarta ses bras en signe d’impuissance et s’inclina non sans maladresse :

« Mesdames, toutes mes excuses pour ce léger désagrément, mais certaines affaires se doivent d’être disposées entre hommes et par des hommes. »

À ces mots, qui lui rappelèrent l’épisode de la salle de bal et les déambulations interminables dans les couloirs de la Ca’Adorasti, il éclata d’un rire incontrôlable, qui ne prit fin qu’au moment où l’alcool qu’il avait ingurgité rebroussa chemin et fit son ascension dans son oesophage pour, heureusement, y revenir à une vitesse aussi fulgurante.
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