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 Le Parvis

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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mer 31 Aoû - 23:08

Luigi se sentait bien. Ce n'était pas comme le fait d'être bien portant et en bonne santé, ou comme le plaisir de parler avec quelqu'un. C'était different. Different de l'amour qu'il avait pu avoir pour Rosaline. Different de l'amitié avec la jeune femme de chambre de ses parents. C'était plus... un petit quelque chose qu'il se pouvait définir.

Peut-être était-ce les mots, la voix, les yeux. Peut-être était-ce la somme de ces petites choses, associées à d'autres qu'il ne parvenait pas à cerner. Quoi que ce soit... il était bien, et il transpirait ce bonheur étrange de toutes les pores de sa peau, dans sa voix, dans ses gestes.

Luigi se dit que ce genre de situation était peut-être courante pour ceux qui rencontraient beaucoup de monde. Peut-être avait-il gaché beaucoup de temps uniquement parce qu'il n'était pas tombé sur les bonnes personnes, parce qu'il s'était cru unique. Quelle arogance ! Il se rendait compte qu'il était à sa façon aussi bas que ceux qu'il se permettait de juger. Il se promit de considérer avec plus d'attention les autres, de ne plus les juger trop hativement.

Le jeune homme, Cillio, était poète, sous le couvert d'un prince quelconque - certainement une personne importante de Venise qu'il aurait certainement dût connaire. Luigi avait rencontré suffisamment d'auteur et d'artistes pour savoir qu'il esprit fécond seul ne nourissait pas son homme, et que sans un mécène indulgent, la mort serait présente à chaque tournant. Il savait aussi très bien que rien ne valait la chance d'une bonne naissance, mais il était persuadé qu'elle ne devait être utilisé que pour son bon plaisir.

Il pris tout de même soin d'insister sur le fait qu'il n'était pas comme ceux qui lui permettaient d'exercer, et bien que cette precision fut inutile pour le jeune acteur, elle cofirmait tout de même ce qu'il pensait.


" Heureusement d'ailleurs, car notre esprit n'est point fait pour couper, pour detruire, mais bien pour créer. "

Voyant le poète s'évader quelque instants, il ferma les yeux et partit lui même voler un temps dans les nuages, auprès d'oiseaux majestueux. Après un aterrissage en douceur, il reprit.

" Vous etes donc un poète ? J'aurai tellement aimé avoir le don des mots. J'ai eu beau m'y essayer, il me fuient toujours. Je ne suis donc qu'acteur, comédien, déclamant le verbe des autres, pour me sentir voler quelques instants sur leur inspiration. "
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Enza Rig
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 16:10

[La Taverne de l'Ours]

Enza arrivait en vue du parvis de l'église. Elle examina l'architecture du bâtiment. Bien qu'elle n'y connut rien dans ce domaine, elle admira cependant la beauté de cette construction.

Lentement, son regard descendit le long de la façade de la maison de Dieu, jusqu'au niveau des mortels.


*Qui avons nous là ?*

Elle examina les différentes personnes qui étaient sur ce parvis et releva la capuche de sa cape, libérant sa chevelure blonde dont les mèches bouclées s'agitèrent sous le vent. D'une démarche probablement inadaptée quand on se trouve devant une église mais appropriée en présence de la gent masculine, Enza s'approcha des individus présents, faisant mine de s'intéresser à une quelconque sculpture qui ornait le fronton.
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 16:36

Cilio admira une fois de plus la justesse avec laquelle Luigi interprétait chacun de ses gestes, chaque de ses paroles, dans les réponses qu'il lui donnait. "Notre esprit n'est point fait pour couper, pour detruire, mais bien pour créer ". Cette phrase pénétra l'âme du poète pour s'y ancrer comme un rayon d'espoir.

Le jeune homme disait ne pas avoir le don des mots. S'il ne savait pas les agencer pour en dégager la mélodie propre aux poèmes, il savait cependant à la perfection exploiter leurs caractères et jouer de leurs sens. Il ressortait de ses paroles une poésie certaine, différente de celle que les gens s'imaginent, une poésie touchante et juste. Cette même poésie qui prenait vie dans un rire d'enfant ou dans l'éclosion d'une chrysalide... Elle semblait se refléter dans les mots de Luigi.


* Qu'acteur?! *

L'intérêt que Cilio portait à son interlocuteur se multiplia encore lorsqu'il révéla sa profession. Mais il en parlait comme s'il s'agissait d'un métier au rabais...! Une petite flamme d'indignation s'alluma dans les yeux du poète. Il avait toujours porté une grande admiration envers ceux qui pratiquaient l'art de la comédie. Quoi de plus difficile en effet que de capter un sentiment, une émotion, parfois même une simple impression pour l'en faire sien? Donner le change en interprétant un personnage comique alors que notre coeur est empli de sombres pensées? Et ce pour un si maigre revenu! Pour parfois se faire huer ou mépriser à cause d'un pas de travers... Non, décidément, il n'existait pas de métier plus beau ni plus difficile. Ou s'il y avait, il n'en avait pas encore connaissance...

" Mais que seraient les mots s'il n'y avait personne pour les faire vivre? L'art que vous exercez est à mon sens des plus beaux et des plus difficiles. Masquer ses propres émotions en n'importe quel circonstance, et savoir traduire avec justesse celles d'un personnage dont vous n'avez pour toute indication que ses
mots... Ce n'est pas donné à tout le monde. "

Sa voix trahissait une passion dont on ne pouvait douter de la sincérité. S'il avait su faire naître en lui les émotions d'autrui, s'il avait été plus dégourdi et moins timide... Peut-être aurait-il pu choisir cette voie.

Son sourire s'élargit franchement lorsqu'il reprit la parole, tournant son regard vers le comédien.

" Nul ne sait quels rêves d'enfants ni quelles passions contenues sommeillent en chacun de nous. Si je n'avais pas été pris dans les filets soyeux du royaume des mots, peut-être aurais-je été attiré par la magie de la scène... "

Puis il rit légèrement.

" Mais c'est sans doute mieux comme cela. J'aurais fait un bien piètre acteur! "

L'attention jeune poète était bien trop portée sur Luigi pour remarquer qui que ce soit aux alentours... Pas même une femme aux atours plus que charmeurs.
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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 17:16

Cillio était passionné, et considéré que le metier d'acteur était des plus admirables. Luigi était plus que d'accord avec lui, et il aurait peut-être pu dire les mêmes choses, avec la même passion, mais ps en ce qui le concernait. Il n'était pas un vrai comedien. Il ne méritait d'ailleurs pas ce titre. Il ne jouait pas, mais vivait par procuration la vie d'autres une fois sur scène. Il ne faisait cela que pour quitter une vie trop morose, une pièce qui porte son nom mais qui manque cruelment de rebondissements...

" Les acteurs sont en effet des hommes et des femmes de grand talent, mais je ne les vaut pas le moins du monde. Mon jeu sur scène n'est pas un jeu, je n'ai jusqu'alors fait que m'insinuer dans la pensée de personnages pour échapper à un réalité morne et plate. En cela, je n'ai fait que trahir le public, pour qui j'aurai dû jouer. "

Il avait parlé de cela avec un ton des plus triste et son visage avait perdu au fur et à mesure toute trace de joie. On sentait qu'il ne portait pas en grande estime ses talents, quels qu'ils soient. Baissant la tête et detournant les yeux, il portât quelques instants ses yeux sur une femme ravissante. A tel point qu'il s'empressa de lui tourner le dos, de peur qu'elle puisse voir qu'il l'avait vu... Ce petit instant de fuite, pendant lequel il avait oublié tout contenance, l'avait rendu légèrement rouge. S'en rendant compte, il rit tout bas, et repris la parole.

" Voyez-vous, on a toujours dit que j'avais un grand talent sur scène, mais dès que je n'y suis plus, je ne suis qu'un homme intimidé. "

Il rit encore un peu.

" Je suis sûr que vous pourriez réussir sur les planches d'un théatre. Il suffit de vous entendre parler pour en être persuadé. "
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 19:28

Cilio vit avec désarroi le visage du jeune acteur se muer en un havre de tristesse et de mélancolie. Il ne pouvait croire que Luigi était réellement ainsi qu'il se décrivait. Trahir le public, lui? Un jeune homme à l'âme si pure et si dévouée, à l'esprit si fin et innocent? Cilio en était troublé. Luigi semblait avoir une bien sombre image de lui-même... Le jeune poète se promit de faire tout ce qu'il était en son pouvoir pour l'aider à retrouver confiance en lui. Bien qu'il fût lui-même si peu sûr de lui...

Il s'apprêtait à répondre quelque chose qui contredirait ses précendentes paroles, lorsqu'une femme qu'il n'avait alors pas remarqué l'interrompit. Elle était certes d'une beauté remarquable, mais ses traits avaient quelque chose de froid. Cette impression de dureté fut renforcée lorsqu'elle débita ces paroles sur un ton sec.

Les yeux de Cilio s'élargirent d'un étonnement sincère, qui ne mua en incompréhension pendant la tirade de la femme. Il ne comprenait pas comment leur attitude avait pu blesser à ce point son égo, ni provoquer chez elle une réaction à son goût si démesurée. Quand elle eut terminé, Cilio resta pantois quelques instants, puis reprit un peu de contenance.


"Pardonnez - nous si nous vous avons en quoi que ce soit offensé, Madame. Ce n'était en aucun cas notre but ", dit-il simplement sur le ton courtois qu'il avait l'habitude d'employer.
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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 21:22

La discution qu'avaient Luigi et Cilio fut interrompue par la femme qu'il avait fui du regard un instant plus tôt. Sa réaction était... étrange. Il en avait fui des yeux, des femmes. Certaines riaient, d'autres ne le remarquaient même pas. Quelque unes faisaient une moue de mécontentement, et un certains nombre avait même pleuré, mais ces dernières étaient peu nombreuses, il fallait bien l'avouer... la plupart préféraient pleurer une fois à l'abri des regards. Mais celle-ci avait un point commun avec toutes les autres, elle n'avait pas pas compris qu'elle se trouvait face à de la timidité, tout simplement.

Luigi était rouge. Il se savait fautif, et n'osait pas se retourner pour faire face à sa victime involontaire. Il fit à l'intention de Cilio un grimace qui voulait dire quelque chose comme 'Bon, je me lance, advienne que pourra !' et se retourna. La femme était belle. Même si son air renfrogné lui faisait perdre un peu de son charme. Il lui repondit, aussi chaleureusement qu'il pouvait, inclinant légéremment la tête :


" Je suis sincèrement désolé de mon attitude, impardonnable au demeurant, mais en grande partie involontaire. Votre vue n'a aucunement offensé mes pupilles, au contraire, elle les a tellement éblouies qu'elles ont du vous fuir au plus vite. C'est une étrange réaction qu'elles ont à la vue de nombre de personnes, je ne saurais vous expliquer pourquoi. En tout cas, je vous fait mes plus plates excuses. "

Puis il se retourna a nouveau, blanc comme un cachet. Durant son discours, il était passé du rouge au blanc, et son regard s'était fait de plus en plus fuyant, jusqu'à ce qu'il se retourne. A part Rosaline et la femme de chambre de ses parents, il n'avait ni experience, ni quoi que ce soit avec les femmes. Il se disait qu'il était en quète d'amour, mais il fuyait tout ce qui pouvait y correspondre... Il se dit qu'il était vraiment un cas déséspéré, et on pu voir sur son visage qu'il se retenait d'en rire.
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Lucia di
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 1 Sep - 22:43

[La chapelle de La pieta]

Peu de temps avant la tirade d'Enza, Lucia était sortie de l'église et avançait de son train de sénateur sur le parvis.
Elle prêtait peu d'attention aux gens sur la place, des simples gens trop à ses yeux pour qu'ils représentent quelque chose digne du moindre interêt, elle reconnut néanmoins Cilio parmi eux qui semblait absorbé par une conversation qui le passionait avec un jeune homme dont le visage lui était parfaitement inconnu.

Elle se rapprocha du duo et s'apprêtait à décocher au poète un petit signe de tête en guise de salutation lorsqu'une furie blonde traversa à la hâte le parvis avant de déclamer une tirade au sujet d'une simple fuite de regard.

Lucia fut choquée par la conduite de la jeune femme qui réagissait de manière bien trop excessive à son goût.

*Quelle audace de s'adresser ainsi à des inconnus, et de se donner ainsi en spectacle pour un sujet si futile*

Elle n'avait rien laissé transparaître de ses pensées, et se gardait bien de céder à la tentation de remettre cette roturière à sa place.Mieux valait attendre, rien ne justifiait qu'elle prenne part à une dispute dont elle n'était même pas certaine du sujet.
Elle se retourna vers l'église et joua son rôle de pieuse dévote qui se recueillait une dernière fois avant de quitter les lieux, non sans oublier de laisser traîner une oreille indiscrète: après tout on est mal éduqué que lorsqu'on veut bien le montrer...
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Enza Rig
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Ven 2 Sep - 17:25

Le visage d'Enza changea du tout au tout, comme métamorphosé. Un sourire radieux se dessina lentement sur ses lèvres, ses yeux retrouvèrent leur pétillement qui avait auparavant laissé place à des larmes refoulées, la couleur remonta sur ses joues, les empourprant d'une touche délicate et sa voix se radoucit, retrouvant des accords chauds et sensuels :

"Vous devez me trouver bien sotte, messieurs... Mais je suis étrangère à cette ville et point au fait des usages qui ont cours ici."

Elle dévisagea rapidement Cilio dont les excuses avaient été d'une politesse exemplaire mais sans y adjoindre la moindre flatterie. Enza reporta toute son attention sur l'homme brun qui lui tournait de nouveau le dos, mais qui lui avait laissé suffisamment de temps pour lui laisser entrevoir un visage fort plaisant au demeurant.

"Comprenez mon désarroi et mon emportement, mais quand vous vous êtes détourné de moi, monsieur, j'ai songé un instant que j'étais affublée de quelque difformité. Une affliction spécifique à cette cité et dont je n'aurais eu conscience. Je voulais en avoir le coeur net et croyez bien, monsieur, que votre réponse m'est précieuse et soulage mon esprit tourmenté..."

Enza remarqua la présence de la femme qui semblait d'une haute ascendance et qui se recueillait devant l'église, ne perdant pas une miette de la conversation. Cette présence féminine intrigua Enza :

*Curieuse ? ou rivale ? Peut être future amie ?*

Enza reprit son discours a l'intention des deux hommes, mais en prenant bien garde de parler assez fort pour que la femme comprenne distinctement :

"C'est pourquoi, sans aucune hésitation, je vous pardonne messieurs et plus, c'est moi, Enza Rigatalle, qui vous présente les miennes. Je vous prie de croire à la sincérité de mes paroles quand j'avoue que je suis réellement confuse d'avoir eu l'impudeur d'interrompre votre conversation. Je vous demande en tant que gentilhommes que vous êtes, d'avoir la bonté de pardonner les mauvaises manières dont l'étrangère que je suis a fait preuve à votre encontre."

Enza prit un air contrit et ennuyé :

"Comprenez que ne connaissant personne dans cette cité, je me sente perdue et égarée... Ah, si seulement une âme secourable et charitable pouvait se tourner vers moi et m'offrir une amitié ou plus simplement une compagnie pour me faire connaître Venise, ses usages et ses habitants de bonne compagnie..."

Enza soupira puis reprit d'un ton plus vif et presque amusé :

"Si toutefois vous pouviez poser votre regard de nouveau sur moi, monsieur. Si vos pupilles si jolies mais trop fragiles, un de ces prochains jours, ne me fuyaient plus, vous découvrirez mon sourire et mon regard qui s'adresseront à vous pour vous demander comment me faire pardonner de vous avoir importuné."

Elle adressa un grand sourire au jeune homme qui lui faisait face :

"Je souhaite, monsieur, que vous ne me teniez pas trop rigueur de m'être offusqué trop promptement et comme une idiote de l'attitude de votre interlocuteur. Permettez moi, monsieur, de vous assurer que s'il existe un quelconque moyen de me faire pardonner..."
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Sam 3 Sep - 16:14

Cilio observa avec un air compatissant le jeune comédien tenter de se dépêtrer de cette embarassante position. Il savait mieux que quiconque les désagréments d'une timidité excessive et comprit que Luigi, malgré son talent d'acteur, était aussi désemparé que lui-même face à une situation qui mettait en jeu sa propre personne.

Pensant que la femme n'allait pas quitter sa colère noire si aisément, Cilio s'apprêta à renchérir quelques excuses quand le visage de la furie se métamorphosa. En un instant, il passa sous ses yeux ébahis de l'indignation la plus totale au soulagement, puis à une lumineuse expression. Interdit, le poète écouta la réponse de la femme et se laissa dévisager sans ciller. Voilà à présent que c'était elle qui s'excusait. Il ne comprendrait décidément jamais les femmes.

La dénommée Enza continua sa tirade, enchaînant mots et phrases comme on moissonne inlassablement les champs. Sans porter la moindre attention aux gestes que l'on fait. Sans la moindre passion, ni la moindre envie, sans l'ombre d'un plaisir. Cette façon d'user et d'abuser des mots comme s'il s'agissait d'insignifants objets révoltait le poète. Les mots étaient des étoiles qu'il fallait observer avec pudeur, choisir avec précaution, cueillir délicatement, et dont il fallait dévoiler prudemment la lumière. En aucun cas de vulgaires esclaves.

Cilio s'efforça de garder en lui cette rancoeur, et de répondre tout aussi courtoisement que précedemment à la dame Rigatalle, mais il ne put s'empêcher sa voix d'adopter un ton une pointe plus froid.


" Madame, ce serait avec plaisir que je vous ferais découvrir la ville, d'autant que ce jeune homme est lui aussi fraîchement arrivé sur la cité. Je ne serai pas un guide brillant, mais je peux tout du moins vous emmener voir les places les plus prestigieuses de Venise, si vous le souhaitez. Je me nomme Cilio Dell'Arbero. "

*Enchanté ...* pensa-t-il avec un léger mépris.

Cilio n'était pas très enclin à tenir compagnie à la Signora Rigatalle mais il savait qu'il ne pouvait se permettre de refuser tout en restant avec Luigi. Tout prétexte aurait été bon pour s'effacer, comme il le faisait habituellement si bien, mais il ne voulait pas quitter le jeune homme... Surtout pas pour le laisser avec elle.

Il eut soudain comme un doute. L'antipathie qu'il ressentait à l' égard d' Enza était-elle uniquement dûe à sa manière de mépriser le mots, ou même à son comportement excessif? Non, cela ne pouvaient être de raisons suffisantes pour expliquer l'émotion négative qui l'envahissait. Alors quoi? Peut-être à cause de ce léger pincement au coeur...

Peut-être... Etait-il jaloux?

Cilio écarta vivement cette pensée de son esprit. S'il y avait eu une seule personne de qui il eût pu être jaloux, c'eût été pour sa soeur. Sa soeur qu'il chérissait tant... Oui, pour elle, il aurait été jaloux. Mais ce sentiment n'avait plus lieu d'être puisque... De toutes manières, c'était impossible qu'il éprouve la même chose envers quelqu'un qu'il venait à peine de rencontrer.


Concentré sur ses pensées, il n'avait jusqu'alors pas remarqué la présence de la Signora di Grazziano, tante du Prince Ugo, à quelques mètres d'eux. Ne soupçonnant en aucune façon que celle-ci puisse espionner leur conversation, il se maudit de son impolitesse de ne l'avoir pas abordé avant et s'avança vers elle, s'excusant d'un signe de tête auprès de ses deux interlocuteurs.

" Signora di Grazziano, commença-t-il avec une courbette polie. Nous feriez-vous grâce de votre présence? Nous allions partir visiter quelque peu Venise. J'ai peur cependant de faire un bien piètre guide pour les deux personnes que j'accompagne. Sans doute votre culture et votre expérience ne seraient pas de trop. "
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Lucia di
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 11 Sep - 22:15

Lucia avait perçu le brusque changement d'attitude d'Enza, et ce revirement lui sembla étrange. Etait il lié à sa présence?
Quelle importance ! L'essentiel était que la femme ne hurle plus au scandale au milieu de la place et de ne pas être vue en sa compagnie.

Elle pensait quitter discrètement la place en feignant de ne pas avoir aperçu le poète lorsque celui ci s'approcha et lui proposa de se joindre à eux.


*Catastrophe...*

Pour elle sa réputation était compromise, la simple idée que l'on puisse croire qu'elle était liée de près ou de loin à Enza la répugnait. Elle maudit le poète de l'avoir abordée, mais lui répondit malgré tout avec un sourire quelque peu forcé.

"Mon cher Cilio, c'est avec un grand plaisir que je vous aurai accompagnée dans votre visite. Hélas... j'avais oublié une affaire importante qui recquiert ma présence Ca'Grazziano."

Elle baissa la voix et ajouta en tentant de dissimuler un reproche.

"Et la vôtre aussi..."

Elle s'avança vers le reste du groupe et leur annonça sur un ton désolé :

"Signor et Signora vous me voyez navré, Cillio m'a fait part de votre projet de visiter Venise et m'a aimablement invitée à me joindre à vous. Malheureusement je suis retenue par d'autres obligations qui nécessitent également la présence du signor Dell'Arbero. Je me vois donc forcé de le soustraire à votre compagnie. J'espère que vous excuserez mon impolitesse et ma rudesse mais il me faut partir au plus vite, croyez bien que ce sera un plaisir de pouvoir lier connaissance une autre fois."

Elle avait volontairement omis de dire son nom, de peur que quelques curieux n'aient écouté la conversation.

Elle les salua poliment puis repartit en direction du palais en faisant signe à Cilio de la suivre.


[Ca'Grazziano]
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Enza Rig
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 13 Sep - 18:23

Enza écoutait attentivement la femme que le dénommé Cilio venait d'interpeller. Elle cherchait à comprendre pourquoi cette Vénitienne semblait la rejeter ou tout au moins ne pas vouloir s'encombrer de sa présence.
Certes, Enza avait l'air d'une quelconque paysanne à côté de cette 'grande dame' mais il lui sembla qu'il y avait autre chose que son allure qui pouvait lui faire honte. Peut être était ce dans son attitude ou encore dans sa manière de s'exprimer.
Quoiqu'il en soit, quand la Signora eut exposée le prétexte qui lui permettait de pouvoir prendre congé d'eux, Enza lui adressa une révérence et répondit d'une voix la plus douce et la plus charmante qui soit, semblant d'une sincérité totale :


"Madame, nous comprenons parfaitement qu'une dame de votre rang ait des obligations plus importantes et plus pressantes que celles de fôlatrer dans quelque visite guidée de Venise en compagnie de parfaits inconnus.
Vous avez mon assurance que nous n'avons rien à excuser puisque vous ne faites preuve d'aucune impolitesse, ni d'aucune rudesse mais seulement d'une complète sincérité."

Enza regarda la femme et le jeune homme s'éloigner, admirant avec envie la qualité de la robe dont était vêtue cette 'grande dame' qu'elle aurait aimé être. Quand ils eurent fait quelques pas, les éloignant hors de portée de voix, Enza se tourna vers l'homme qu'elle intimidait, annonçant d'une voix désolée :

"Monsieur, j'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de la solitude dans laquelle je vous plonge, bien malgré moi, soyez en sûr. J'ignore tout de cette Signora et je ne sais nullement pourquoi elle s'est refusée à cette promenade en notre compagnie. Cependant, j'ai conscience que ma présence à vos côtés nuit certainement aux conversations amicales que vous sembliez tenir avant mon arrivée. Je vous conjure de bien vouloir pardonner la maladresse dont je semble faire preuve, ignorante des usages qui ont cours ici bas et je vous prie de ne point m'en tenir rancune.
Aussi, je vous laisse, Monsieur, à grand regret mais consciente que votre solitude vaut mieux que ma compagnie..."

Enza salua l'homme qui lui tournait toujours le dos, d'une légère révérence qu'il ne put distinguer, avant de s'éloigner de lui de quelques pas, la tête baissée comme honteuse d'avoir perturbée la vie de cet homme. Enza fit quelques pas sur le parvis puis s'arrêta de nouveau pour admirer l'architecture du bâtiment, osant à peine espérer qu'il tournerait son attention sur elle et s'approcherait afin de lui offrir sa compagnie.
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Cilio de
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 13 Sep - 21:02

Le cours des évènements échappait totalement à Cilio et il s'affola lorsque la dame Di'Grazziano refusa sa proposition... D'autant plus quand elle annonça qu'ils avaient tous deux à faire à la demeure du Prince. Poussé par un élan mystérieux (pas si mystérieux que ça?), le jeune poète ouvrit la bouche comme pour protester. Quitter Luigi, alors qu'ils venaient à peine de se trouver? Ce n'était pas une simple séparation qu'infligeait la noble tante à Cilio... C'était un déchirement. Le mot ne lui parut pas trop fort pour ce qu'il ressentait désormais à la perspective de s'éloigner de son nouvel ami.

Puis, prenant brusquement conscience de l'absurdité de son geste, la jeune homme se ravisa. Il n'avait pas à contester les ordres de la tante du Prince, sa loyauté et sa dette envers les Di'Grazziano ne lui permettaient pas le moindre écart. Cilio adressa au jeune comédien un regard résigné mais aux yeux emplis d'une multitude d'émotions qu'il était difficile de définir, puis il murmura:


"Pardonnez-moi..."

... avant de se détourner des deux jeunes gens. Il en voulait à Lucia, certes, mais également et surtout à lui-même. Laisser Luigi aux mains de cette... Enza, et pourquoi être allé demander à la vieille tante du Prince de les accompagner? Vraiment, quelle idée stupide! Il était pourtant évident que la dame Di'Grazziano n'apprécierait pas d'être vue en compagnie de cette... femme aux manières si déplacées!

Ses pensées rageuses le dévoraient, d'une façon telle qu'il en avait rarement connu auparavant. Elles faisaient émerger la culpabilité qui l'avait rongé pendant si longtemps après la mort de sa soeur, une culpabilité mêlée de haine, d'incompréhension, d'une envie d'écraser tous ceux qui croisaient son chemin d'une simple pichenette.

Résignation. Ce mot traversa son esprit, fulgurant éclair. Il l'emprisonna en quelques instants comme il l'avait finalement fait des années après la disparition de Rissa. Résignation, oui... Et puis, cette colère... Il ne pouvait pas la laisser s'exprimer, se comporter de la sorte aurait été indigne de la maison di'Grazziano. Et cela était également contraire à toutes les croyances et tous les principes du jeune poète. La colère était un vice. Elle dégageait de mauvaises ondes. C'eût été pécher que de la laisser s'emparer de lui.

Cilio releva la tête. Il avançait mécaniquement, légèrement en recul de Lucia. Pas un mot n'avait été échangé depuis le début du trajet. Le jeune homme soupira profondément, mais silencieusement. Le froid commençait à nouveau à engourdir ses membres. L'après-midi tendait à sa fin et le soleil déclinait, privant les Venitiens de sa douce et fragile chaleur. Une brise glaciale soufflait. Cilio s'emmitouffla dans son manteau. Belle, si belle Venise, si généreuse Venise... Si capricieuse cité.

"Privé de ses ailes, son aura demeure
Blotti dans le sel, son corps est candeur
L'ombre de ses pas n'est qu'étoile du soir
Lumineux trésor qui ne s'offre aux regards
Qu'en de fragiles secondes
Lovées entre deux mondes
Charme sentencieux
Ange descendu des Cieux

Soir d'hiver
Apparition."



[Ca'Grazziano]
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Luigi Ab
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Mer 26 Oct - 18:19

Les événements avaient plus ou moins dépassés le pauvre Luigi qui avait vu défiler les mouvement devant lui comme au milieu d'un grand flou artistique. La tête lourde, les pensées un peu éparpillées, il s'assit sur les marche du parvis pour reprendre ses esprits.

Cillio était parti, et il ne s'avait finalement rien de lui, ou si peu. Ce qui avait semblé être le début d'une belle amitié avait soudain sombré avant même d'avoir réellement commencé. Le jeune homme pensa quelque chose comme 'la vie continue' avant de se rendre compte qu'une larme coulait de son oeil gauche. Il l'essuya d'un revers de manche, la mettant sur le compte du froid, et se rendit compte que la soirée était maintenant entamée.

Il se leva, se frictionna les épaules, cru apercevoir Rosaline au coin d'une rue lointaine, écarta cette idée loin de son esprit, et repris sa marche, le visage décomposé...


[quelque part, pas encore décidé]
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Muzio Barrozi
Médecin
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Date d'inscription : 14/05/2005

MessageSujet: Re: Le Parvis   Sam 29 Oct - 13:08

[Maison du médecin - Cabinet de toilette]

Pénibles ces gondoles. Un pas vif prit la relève, et Muzio se retrouva sur le parvis de l'église à laquelle il n'avait jusque là pas réellement prêté attention. D'ailleurs, il ne savait toujours pas pourquoi ses pensées l'avaient mené là quasiment à son insu, devant cet édifice qui ne lui inspirait aucunement prière. Contrairement à son habitude, Muzio hésita un instant devant la lourde porte de bois, puis avança la main et la repoussa fermement.

Se coulant dans l'embrasure, il referma immédiatement le battant, et laissa ses yeux s'habituer à la pénombre qui contrastait fortement avec la blancheur neigeuse du parvis. Depuis combien de temps n'était-il pas rentré dans une église ? Plusieurs années sans doute, et jamais dans un édifice religieux de cette envergure.


[Chapelle de la Pieta]
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Enza Rig
Invité



MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 3 Nov - 16:20

Un homme, sur le parvis, qui semblait hésiter à pousser la porte de bois de l'église, attira l'attention d'Enza. Elle le dévisagea, se demandant pourquoi il n'osait pousser le lourd battant qui le laisserait accéder à la maison de Dieu.
Certes, Enza comprenait parfaitement qu'on n'entre pas dans une église de gaité de coeur. Pour elle, la religion rimait trop souvent avec une trop grande austérité et une volonté de maintenir les 'brebis' dans un état d'égarement.


*Alors ? Va t'il se décider ? Oui, il entre... Il fait preuve de courage...*

Enza jeta un regard circulaire et, ne distinguant personne alentour qui pourrait mériter qu'elle y porte attention, elle se décida à suivre l'indécis, par simple curiosité ou peut être par désoeuvrement.

[Chapelle de la Piéta]
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Lun 7 Nov - 22:58

[Chapelle de la Pieta]

La porte de l'église s'ouvrit et une silhouette s'enfuit de la tiédeur pour le froid mordant d'un début de soirée. Muzio fit quelques pas sur le parvis, au hasard. Il était en avance pour aller au Rialto, bien sûr. Apaisé par sa discussion avec le Padre, il eut simplement envie de rester là, en plein milieu de la place qui se vidait à vue d'oeil depuis que le soleil déclinait. Cependant, des silhouettes capées, masquées, se faufilaient et se filaient à présent dans les rues environnantes. Nuit dans la ville.

Le médecin observait ces curieux manèges d'un oeil tranquille, tout en respirant profondément; un petit nuage se formait à intervalles réguliers devant sa bouche avant de se fondre dans l'air... La température atteignit bientôt l'homme sous sa veste, et Muzio avança encore de quelques pas, sans avoir l'envie toutefois de s'en aller.

Giorgio était parti. L'image du jeune homme retrouvant son foyer, sa campagne, le rocher sur lequel il s'asseyait, le chien qui lui sautait bruyamment dessus, ces images procurèrent un surplus de calme chez le médecin. C'était sans doute mieux ainsi, le garçon échappait à la corruption vénitienne... En attendant, il lui faudrait engager dans les plus brefs délais un nouveau domestique. Dans cette grande ville, il trouverait sans peine des prétendants au poste. D'ailleurs, depuis son arrivée, plusieurs miséreux lui avaient proposé leurs services en agrippant sa veste, et, à vrai dire, en le suppliant. Les demandes seraient à prendre plus au sérieux.

Mais ces soucis n'entamèrent pas la sérénité retrouvée de Muzio, qui continua lentement son tour du parvis en se demandant comment il allait retrouver celui qui avait subtilisé sa montre et la carte de visite du Prince -sa première carte vénitienne !-...
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Alessand
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 20 Nov - 23:40

[Premier Post]

Castigat musica mores.

Ou du moins était-ce le cas pour ceux qui écoutaient un temps, la danse des notes et des rythmes issus de quelque imagination fertile et passés de génération en génération. La musique n’avait-elle pas quelque chose de magique ? Il suffisait d’une simple mélodie pour vous inspirer le chagrin, la joie, d’un tempo bien marqué pour vous voir danser.

Mais l’heure n’était guère à de telles rêveries. Il ne jouait en l’occurrence pas pour son plaisir et encore moins pour celui de ses contemporains. Le malheur était que l’argent se faisait désespérément rare dans sa bourse et il n’existait dans l’immédiat de meilleurs moyens pour arriver à avoir de quoi se nourrir décemment. Il n’en était pas à mendier, mais tenait justement à garder la dignité de celui qui gagne sa vie.

Seulement l’hiver n’est pas compréhensif, et le soir tombant ses doigts pourtant agiles sur les cordes du violon et sur l’archet ne trouvaient d’échappatoire à l’engourdissement. Quand il vinrent à trembler, il fallut se rendre à l’évidence, il n’arriverait plus à rien ce jour là avec son instrument. Dans un soupir vaporeux, il acheva la mélodie de quelques notes puis entreprit de ranger le violon et de rassembler ce qu’il avait gagné.

Nouveau soupir. Ce n’était pas non plus ce jour là qu’il pourrait se payer une bonne volaille. Et c’était pitié car les odeurs des cuisines des auberges les plus proches, dont l’activité débutait, parvenaient, tentatrices, jusqu’à ses narines. La tête ailleurs, il se releva et se retourna d’un même mouvement, prêt à rejoindre sa propre petite chambre dans un autre quartier.

Castigat ridendo mores.

Une silhouette trop proche, un sursaut incapable d’empêcher la collision, le souffle coupé et le voilà sur les fesses. Au moins un nouveau spectacle comique pour les témoins. Et une petite égratignure dans son amour propre. Le ridicule ne tue pas mais il n’en est pas moins désagréable. Toutefois, réalisant enfin qu’il n’était pas tombé de lui-même mais du fait d’une rencontre aussi brutale qu’inattendue avec l’un de ses semblables, Alessandro finit par donner son attention à celui qui avait subit les frais de sa rêverie.

Apparence ordinaire de la trentaine, mis à part, peut être, un regard plus intelligent que la moyenne. C’est ce qu’il en aurait dit, suivant son instinct. Mais déjà ses lèvres s’étiraient en un sourire un peu contrit, alors qu’il se relevait, tendant la main vers l’homme.


« Je suis désolé. J’étais ailleurs, je n’ai pas fait attention et je… Vraiment navré. »

La phrase fut ponctuée par une courte toux. Si on ne devait s’en tenir qu’à un adjectif de l’aubergiste qui l’hébergeait, c’est qu’il était fort chiche. Mais avare, pingre, rat ou près de ses sous aurait parfaitement convenu de même. Et la faiblesse du feu sensé réchauffer l’établissement commençait à se faire sentir. C’était d’autant plus agaçant qu’il ne se souvenait pas lui-même quoi faire pour atténuer ces toux désagréables. Regret de manque d’inattention.

Il remonta le col de son manteau bien ordinaire, toujours sourire un peu penaud aux lèvres quand il se rendit compte ne pas avoir détourné la tête quand il l’aurait du, même en ayant placé sa main devant sa bouche.


« Excusez-moi, vraiment. Si en plus de vous faire choir je deviens cause de maladie... »
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Lun 21 Nov - 20:36

Muzio errait toujours tranquillement aux alentours de l'église, lorsque quelques notes lointaines de violon le firent frissonner. Cet air... Sa marche paisible se figea, et le médecin resta un instant ainsi, les yeux écarquillés, indifférent à ce qui l'entourait, les oreilles en alerte. La mélodie soudain sembla trembloter, puis s'acheva en raccourci. Muzio prit une inspiration et se força à avancer de nouveau. Oublier ces notes lancées dans le froid indifférent... Non, le timbre n'était pas tout à fait le même...

Une brutale percussion le fit retomber dans la réalité. Brusquement réveillé, Muzio essaya de rattraper le jeune homme en vol, mais celui-ci déjà était à terre, et se relevait aussi promptement. Un peu étonné, le médecin serra néanmoins la main glacée qui s'offrait à lui, et s'apprêtait à passer sur l'évènement lorsque deux éléments retinrent son attention.

D'abord, cette toux. Profonde mais brève. L'hiver, de mauvaises conditions de chauffage, une vie passée dehors. L'oeil aiguisé de Muzio passa discrètement sur les lèvres, les mains, le manteau du jeune homme qui s'excusait. Il analysa rapidement la situation, et en déduisit donc la cause de la toux. Car par ailleurs, le petit semblait vigoureux quoique peu grand, robuste. Il s'apprêta à conseiller aimablement une tisane qui adoucirait les quintes, lorsque le deuxième élément le fit sursauter.

Le violon. Origine des notes perçues dans le brouillard quelques minutes auparavant. Le regard du médecin s'y attarda un instant, puis Muzio se redressa, brusquement conscient de son silence face aux excuses contrites du jeune homme. Dans cette ville froide, tout aristocrate aurait pu s'offusquer avec colère de la maladresse. Il le rassura en deux mots:


"Aucune importance, vraiment, j'en ai vu d'autres..."

Mais il n'allait pas le laisser partir si vite. Muzio ne croyait pas au destin inscrit dans les astres, et n'accordait aucun attention sérieuse à ceux qui prétendaient que tous les évènements d'une vie convergeaient vers un but prédit. Néanmoins, cette rencontre avait quelque chose de spécial. Cet air d'abord, puis la culbute, la toux d'un malade... Et puis ce jeune visage, ces mains gelées aux doigts nerveux...

Les mots s'échappèrent de la bouche de Muzio avant que celui-ci n'ai eu le temps de les penser. Ses yeux brillaient non avec éclat, mais avec un mélange de stupéfaction, d'affection... Oui, cet enfant lui inspira d'emblée de l'affection. Etait-ce parce que son âge devait être sensiblement le même que celui de Giorgio ? Sans doute, mais pas seulement.


"Nous ne pouvons guère rester par ce froid sur ce parvis... Voudriez-vous me laisser vous assurer ma non-rancune ? Allons donc nous réchauffer, je vous invite autour d'une tisane !" lança-t-il en s'efforçant de se montrer un brin amusé, vaguement conscient de la bizarrerie de sa proposition.
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Alessand
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Mer 23 Nov - 23:30

Quelques mots rassurants sur la personnalité bénigne de son vis-à-vis et toute trace de confusion disparut du sourire d’Alessandro. Cet homme inspirait le respect spontané, différent de celui inspiré par la crainte, de par sa dignité tout autant que par la manière dont on sentait qu’il n’était pas de ceux qui s’estiment supérieurs à tout un chacun. Son expression retrouvait un peu de chaleur alors qu’il inclinait légèrement la tête prêt à prendre congé.

Mais l’instant était de ceux qui sans qu’on le sache, marquaient un début ou une fin, un changement dans l’histoire de quelqu’un. Le jeune homme ne put s’empêcher d’hausser les sourcils de surprise lorsqu’il entendit la proposition du médecin. Qui, dans ces rues, aurait invité celui qui l’avait bousculé à boire une boisson chaude dans un endroit à l’abri du froid ?

Il fallait croire qu’il était tombé sur l’une des rares personnes qui semblaient respecter les commandements de l’Eglise concernant la générosité. De celle-ci, il n’avait guère eu l’occasion de goûter, tout autant chez les laïcs que chez les clercs, et plutôt chez ceux qui possédaient peu que chez ceux qui possédaient beaucoup. La plupart des gens semblaient ne vouloir respecter que les règles qui leur convenaient ou auxquelles ils ne pouvaient se soustraire. Non pas qu’il y fasse lui-même exception d’ailleurs. C’était juste… surprenant.

Cependant il n’allait certainement pas refuser une invitation de ce genre. La vie lui avait montré que rien n’était jamais gratuit, mais pour le coup, il aurait plutôt parié sur les bonnes intentions de son interlocuteur. Aussi c’est les lèvres étirées de surprise agréable, qu’il répondit autant au sourire qu’aux paroles.


" Eh bien je dois dire que ce n’est pas de refus, Monsieur. Depuis que je suis arrivé à Venise, je n’ai pas croisé de personne qui invite le premier venu sans arrière-pensées. "

Il ne put s’empêcher de prendre un air un peu amusé, se souvenant déjà des scènes dignes du théâtre qui s’était parfois offertes à ses yeux en ces quelques semaines passées dans la Sérénissime, au milieu de l’activité propre à toute autre cité, ballet d’allées et venues délicieux à observer quand on captait ici et là les expressions de ses personnages, révélatrices ou dissimulatrices, quant à cela il aurait été bien en peine d’être tout à fait sûr. Certaines s’étaient même justement déroulées sur ce parvis-même. Etait-il entré en scène ?

" Je suis Alessandro Menatti, violoniste temporairement, ou du moins je l’espère. Passé ma vie sur ce parvis ne me plairait guère. Enchanté de faire votre connaissance, Monsieur. "

Et de nouveau de tendre la main, cette fois non plus pour s’excuser, mais pour saluer cette rencontre.
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Muzio Barrozi
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Jeu 24 Nov - 16:29

Les sourcils arqués du jeune homme n'entamèrent pas la sérénité retrouvée de Muzio. En l'espace de quelques secondes, son assurance tranquille avait repris possession de lui, et l'air de violon s'éloigna de ses oreilles. Il évita simplement de préciser qu'il n'invitait pas "le premier venu", ce n'était pas vraiment dans son naturel...

Il répondit à la poignée de main, et prit un air faussement réprobateur. Les paroles du-dit Alessandro, lancées avec tact, avaient fait mouche dans l'esprit de compréhension de Muzio.


"Bien au contraire, permettez-moi d'espérer que vous ne serez pas violoniste que temporairement, monsieur Menatti, vous en avez l'âme... Muzio Barrozi, médecin." annonça-t-il sobrement.

Il continuait, avec grande discrétion, à observer le jeune homme. Ses grands yeux noirs, mais surtout ses mains... Depuis son enfance, Muzio était fasciné par les mains. Lorsqu'il partageait pour un soir le repas d'un voisin, l'enfant gardait les yeux rivés sur les mains qui s'agitaient autour de la table. Petites et rondes, longs doigts en ébullition constante, ongles noirs, cassés, rongés par le travail, délicates paumes blanches... Cet organe parlait de la vie de son propriétaire.

Dans les mains d'Alessandro Menatti, il lut le froid, la corde du violon, l'agitation, l'occupation diverse...
Il en ferait des mains de chirurgien.
Cette pensée lui traversa l'esprit, et s'y logea. Ce petit violoniste à belle allure, sans le sou certainement, plein de vie et sans doute d'insouciance de jeunesse, plaisait d'emblée à Muzio, et celui-ci prit sa décision aussi vite. Il avait toujours pu se fier à son premier jugement.


"J'imagine que cet instrument n'aime pas beaucoup plus le froid que nous, n'est-ce pas ?"

Et il invita d'un geste le sieur Menatti à l'accompagner vers le seul endroit où il savait pouvoir trouver une tisane, au milieu de toutes sortes de boissons plus ou moins trompeuses.

[... Caffé Florian !]
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Alessand
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Dim 27 Nov - 16:03

« C’est vrai. Mais il n’aime pas plus le chaud, l’humidité, les mains malhabiles ou être soumis à la brutalité. C’est une maîtresse bien difficile. » répondit-il d’un ton où l’amusement se le partageait à une affection réelle et visible pour son instrument.

Pour autant, et alors qu’il resserrait son manteau autour de ses épaules en suivant le médecin, il songea de nouveau aux paroles qu’il venait tout juste d’entendre. Avant qu’ils se mettent en mouvement vers une destination pour le moins chaleureuse, Alessandro n’avait pu s’empêcher de tiquer à l’annonce de la profession de celui qui l’invitait si gracieusement.
D’abord parce que cela lui rappelait foule de souvenirs. Souvenirs en tous genres. Bons ou mauvais et n’était-ce pas naturel si l’on comptait toutes les années qu’il avait passé aux côtés de son médecin de père ? La jeunesse s’était occupée de le détourner de l’enseignement qu’il aurait pu lui prodiguer. Et puis la suite lui aurait fait douter de certains remèdes. Il ne put se retenir de comparer rapidement les deux hommes. Les différences étaient trop nombreuses pour qu’il soit besoin de les lister. Mais le passé étant le passé, mieux valait laisser dormir certaines choses peu agréables.

D’un autre côté, il s’était rapidement présenté à l’esprit du jeune homme la possibilité d’offrir ses propres services. Après tout, cela faisait un certain temps qu’il commençait à
se lasser de ne pas être assuré de l’endroit où il se retrouverait le lendemain et c’était en grande partie ce qui l’avait poussé à venir à Venise. La curiosité avait fait le reste. Néanmoins jusque là, on ne pouvait dire que ses recherches aient réellement porté leurs fruits. Et pourtant, l’idée d’agir de manière si directe, sans même savoir si on pouvait vraiment avoir besoin de lui, lui apparaissait comme un manque de tact qui risquait de le montrer sous un jour qui ne soit pas le moins du monde à son avantage.

La meilleure solution restait donc d’orienter la discussion de manière à en savoir plus.
L’homme ne semblait pas être de ceux qui s’impatientaient de trop de paroles. En vérité, il inspirait plus la confiance. Mais celle-ci ne s’offrait pas si facilement cependant.


« Vous avez dit être médecin ? Je suppose que les temps vous laissent peu de temps avec le froid. Mon père exerçait la même profession. Je me souviens que l’hiver venant, il ne me laissait guère le temps de me consacrer à ce qui me plaisait. Il prenait ses devoirs tellement à cœur… Enfin, plus que certains confrères qui semblaient par moments penser que la guérison du malade dépendait du nombre de pièces tombées dans la bourse du guérisseur. Mais je parais peut être impertinent. Je ne suis guère instruit dans ces domaines, alors juger ceux qui exercent ce métier… »

Les yeux pétillants et son sourire légèrement moqueur trahissaient cependant parfaitement sa pensée. Nul besoin d’être fort docte pour saisir que certains médecins paraissaient prendre leur fonction comme un métier similaire à tous les autres. Les Hommes ne sont pas égaux, même face à la maladie. Curieusement la taille de leur coffre et de leur garde-manger motivait énormément ceux qui s’attelaient à leur chevet. Mais si le jeune homme s’était permis de telles paroles, c’était parce que sa première impression vis-à-vis du médecin le lui présentait sous un jour bien différent de ces charlatans.

Cependant la vie apprend que rien n’est gagné d’avance et alors qu’il suivait Muzio Barozzi vers le Caffé Florian, il était tout à la réaction de son interlocuteur.


[ Caffé Florian]
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Orfeo Ciriaco
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Mar 17 Oct - 21:11

[Ca'Adorasti - les Communs]

Orfeo avait quitté le palais les yeux emplis de lumière. Son pas rapide et dansant l'avait mené par les rues les plus larges jusqu'au parvis de l'église San Siriano.
Les pièces que la dame blonde lui avait offertes tintèrent dans son vêtement et il sourit en pensant qu'il n'aurait pas besoin de defaire son paquetage au risque de se faire prendre par la garde qui patrouillait la nuit pour assurer aux honnetes gens un sommeil paisible.
Sa nuit était assurée et celle du lendemain. Ce soir, il irait se payer une place dans une auberge. Il pourrait même, s'il lui en venait l'envie, demander une chambre particulière et ne pas subir la promiscuité d'un lit commun.
Un immense sourire illumina son visage.
Venise était bien la terre promise qu'on lui avait vantée et si l'or n'y poussait pas sur les arbres, il n'était pas bien difficile à cueillir si on voulait bien s'en donner la peine.

Son oeil fut attiré par un mouvement dans l'ombre de la batisse.
Se penchant, il apperçut une silhouette étroitement pelotonnée contre la pierre glacée.
Il s'avança et glissa une des pieces plus tôt gagnées dans la main décharnée qui se tendait, tremblante.
Combien de fois n'avait-il pas dormi ainsi, transi et priant pour que le jour se lève et apporte un semblant de chaleur.
La terre promise ne l'était pas pour tous, il fallait accrocher sa chance dés qu'elle se présentait
.

(je n'attends rien ni personne en particulier, sentez-vous libre de venir)
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Sam 21 Oct - 1:50

[Ca Grazziano - La Bibliothèque]

Iago était d'une grande frilosité. Plutôt, cela dépendait grandement de son humeur. Lorsqu'il était de bonne humeur, il ne remarquait rien de spécial. Quand il était de mauvaise humeur, même dans une pièce chauffée, il était capable d'avoir froid.

Or, en ce moment où ses pas le faisait marcher sans qu'il ne s'en rende compte le long de la calle qui menait à l'église San Siriano, il était de fort mauvaise humeur.
Le livre qu'il avait emprunté dans la bibliothèque du palais Grazziano n'avait pas tenu ses promesses. Iago avait le souvenir d'un livre relativement médiocre mais contenant deux ou trois phrases limpides. Mais non. Ces deux ou trois phrases n'existaient pas (ou plus, ce qui revenait au même), et le livre était simplement mauvais.

Cela faisait qu'il marchait à grands pas sans regarder où il allait, mais en regardant autour de lui en jetant des regards assassins à toutes personnes s'approchant de trop près. Etroitement enveloppé dans son grand manteau, un chapeau enfoncé sur la tête, sa rapière pendue au côté, il avait l'air d'un personnage fort peu recommandable (ce qu'il était, n'arrêtait-il pas de répéter d'ailleurs).

C'est ainsi qu'il arriva devant l'église, qu'il leva les yeux au ciel en voyant un pauvre donner de l'argent à un autre et qu'il s'apprêtait à ne surtout pas s'arrêter, lorsqu'il reconnut, en la personne d'un des protagonistes de la scène d'une mièvrerie horripilante à laquelle il assistait, le messager de l'après-midi.

Il s'arrêta, s'installa sur les marches et lâcha un rire un peu coupé par l'air froid de la nuit.


"Et bien... D'abord messager d'une pauvre jeune femme en détresse, maintenant âme généreuse qui donne le peu qu'il a à celui qui a encore moins...
Tant de générosité... Chercheriez-vous à être canonisé ? Ou bien à devenir le héros d'un de ces romans picaresques dont nos voisins espagnols ont le secret ? La seconde vous convient mieux, je crois..."
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Orfeo Ciriaco
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Sam 21 Oct - 2:51

Orfeo, qui n'avait pas entendu l'homme s'approcher, sursauta violement quand le rire résonna dans le silence glacé. La pièce roula sur le sol avant d'avoir atteint la main tendue, elle tinta sur les marches, tournant sur elle même avant de s'immobiliser aux pieds de l'intrus.
Cherchant à la rattraper, le garçon se pencha de coté. Sa bottine glissa sur le sol gelé et il tenta un rétablissement qui, au lieu de l'effet escompté, lui fit perdre l'équilibre un peu plus. Il tourna sur lui-meme, et d'un bond qui lui évita la chute, se retrouva au bas des marches, face à Iago.

Point de sourire de convenance à cette heure tardive, le regard curieux, il cherchait à deviner à qui il avait affaire en scrutant l'ombre qui noyait le visage de son interlocuteur. Le ton pourtant le renseigna bien vite et devant ses yeux passa l'image d'une jambe bottée se balançant par dessus l'accoudoir d'un fauteuil au rythme de paroles ironiques. Son nez se fronça tandis qu'il répondait à l'apostrophe
.

"Il est très certainement facile de moquer et de faire de l'esprit quand la providence ..."

Il se pencha et tendit les doigts vers la pièce que touchait la botte au cuir entretenu qui révélait mieux que toutes les parures la richesse de son propriétaire.

"... faisant encore une fois preuve de cécité, vous a fait naître coiffé."
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Iago degli Albizzi
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MessageSujet: Re: Le Parvis   Sam 21 Oct - 14:23

Iago avait regardé, amusé, les talents d'équilibriste du jeune garçon. Lorsqu'Orféo atterrit devant lui, Iago avait posé les coudes sur les genoux, les doigts sans gants pianotant sur le sol gelé entre ses pieds écartés.

La pièce était tombée juste à côté, et il n'eut qu'à déplacer légèrement la main, même sans faire preuve de rapidité pour la saisir avant Orféo. Les coudes toujours appuyés sur les genoux, il la leva jusqu'à ses yeux, remontant d'un doigt de l'autre main son chapeau. Il la tourna et retourna devant lui comme s'il s'agissait d'un objet curieux, tout en parlant.


"Naître coiffé hein ? La coiffe... Cela n'a pas grand chose à voir avec l'acte de naître vous savez... Beaucoup plus de l'ordre du hasard. Même pas de la providence et de ses visées pré-établies pour le mieux par un être supérieur... De l'ordre du hasard, de la fortune, vraiment.

Combien de bâtards se promènent-ils dans la rue, nés coiffés, et non reconnus ? Et combien d'autres se pavanent-ils dans les salons, n'ayant pour lettres de noblesses que l'aveuglement ou la faiblesse d'un père ?

Non, la naissance n'a même rien à voir avec ça. La naissance, c'est la même chose pour tous, le plongeon forcé dans un monde ignoble. Mais enfin..."

Lassé de sa contemplation de la pièce, Iago l'envoya dans la direction du mendiant (qui se lamentait depuis tout à l'heure d'avoir perdu sa pièce...) d'une pichenette du pouce. Il préféra ne pas regarder l'homme se précipiter dessus et reporta son regard sur le garçon devant lui.

Il eut un sourire en coin en voyant de plus près cette figure à laquelle il n'avait prêté que peu d'attention lors de leur première rencontre. Un regard intelligent, curieux, un air "déterminé" peut-être. De nouveau, Iago eut l'impression de se retrouver face à un de ces rares êtres libres.

Il resserra de nouveau sa cape contre lui, et posa le menton sur ses bras croisés et éternellement vissés à ses genoux.


"Et selon vous, en quoi la providence fait-elle montre de cécité en me donnant un titre de noblesse ?"

Cette fois-ci c'était à Iago d'avoir un regard curieux, avec simplement plus d'amusement au fond des yeux.
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